❤️‍🔥 Mode De Vie Des Artistes En Marge De La Société

Modede vie des artistes en marge de la société Dans ses romans, il a recherché le Temps perdu Déprécier quelqu'un jusqu'à le rendre méprisable Train qui fait Paris-Bruxelles Petit croissant sur l'ongle Violent retour des vagues qui ont Passer au contenu Histoire de la mode et du vêtement Histoire de la mode et du vêtement de la préhistoire à nos joursLa mode, c’est quoi, ça vient d’où et ça sert à quoi ? Difficile de trouver une définition concise et précise de cet univers infini, communautaire et à la fois très personnel. Mais pour aller vraiment vite, on pourrait dire que la mode, c’est la nouveauté, l’originalité, parfois même une provocation contre l’ordre établi. En rupture avec les traditions, c’est un précieux indicateur de l’évolution de notre MODE À LA PRÉHISTOIRE1. Coquillages percés du site de Blombos, Afrique du Sud, datant de 75’000 ans. Chenshilwood CC / 2. Nécropole de Varna contenant les plus anciens bijoux en or connus à ce jour, créés entre 4600 et 4200 av. Yelkrokoyade CC Rapidement, le vêtement fonctionnel revêt une autre fonction. On l’améliore, le teint, le coud. Et puis on le customize. »Nos ancêtres poilus n’étaient pas très mode ». Il s’agissait là de considérations purement fonctionnelles. Plusieurs ethnologues s’accordent à dire que l’homme aurait inventé le vêtement par pudeur, pour cacher sa nudité. D’autres spécialistes avancent une hypothèse encore plus fonctionnelle. Le vêtement a tout simplement remplacé les poils. Le corps de l’homme, dépourvu de cette pilosité naturelle, s’exposait aux agressions climatiques. Il s’est donc couvert le corps de peaux d’animaux grossièrement assemblées qui le protégeaient du froid, de la pluie et des brûlures du soleil. Bref, si les avis divergent sur le fonds, tout le monde est d’accord sur la forme. Aux prémices de l’humanité, le vêtement n’était que fonctionnel. Rapidement, le vêtement fonctionnel revêt une autre fonction. On l’améliore, le teint, le coud. Et puis on le customize, on accroche des bijoux, des broches. On le personnalise un peu. En fonction de sa tribu, de son origine géographique, de sa famille, de son âge et de son sexe. Ainsi et même sous des latitudes clémentes, les populations agrémentaient leur tenue d’une multitude d’accessoires tels que des pagnes végétaux, des plumes ou des bijoux sculptés dans l’os par exemple. Des accessoires inutiles d’un point de vue fonctionnel dont le seul but était d’être beau », de séduire ». Il s’agit là des prémices, très balbutiants, de ce qui deviendra plusieurs milliers d’années plus tard, la mode ». LA MODE ARISTOCRATIQUE1. Opulence des costumes et maquillage outrancier, la mode du 16ème siècle selon Élisabeth Ire 1533-1603, reine d’Angleterre / 2. La mégalomanie vestimentaire du solaire Louis XIV 1638-1715 pour qui la suprématie passait par l’allure… et les chaussures. Il en possédait 2500 paires ! La mode est alors un faire-valoir ; si elle n’a pas encore vraiment d’identité, elle est le miroir de la condition sociale. »En France dès le 14e siècle, la mode est un caprice aristocratique qui fait sensation à la Cour. C’est ce qui permet aux classes aisées de se distinguer des classes populaires. La mode est alors un faire-valoir ; si elle n’a pas encore vraiment d’identité, elle est le miroir de la condition sociale. A la cour, on parle de costumes. Obligatoirement clinquants, les matériaux sont rares et les tissus somptueux. Les robes de courtisanes rivalisent d’élégance et de volupté. C’est à cette période aussi que l’on commence à se parfumer il faut dire qu’à l’époque, le parfum remplace allègrement le savon et à se maquiller. Ce ne n’est pas l’apanage des femmes. Les hommes aiment se couvrir le visage d’une poudre qui leur confère un teint blanchâtre très tendance » à l’époque le bronzage est la hantise des classes aisées, qui pourraient alors être assimilées au bas peuple travaillant dans les champs. Peu avant la Révolution apparaît l’ancêtre de la presse vestimentaire spécialisée sous la forme d’almanachs illustrés présentant les tendances parisiennes à ses lectrices provinciales et européennes. Dès ses premières publications, cette presse jouera un rôle fondamental dans la libéralisation des vêtements et plus tard, l’émancipation de la femme. 19E SIÈCLE, LE PREMIER DÉFILÉ DE MODEL’histoire de la mode commence vraiment au 19e siècle. Le créateur Charles-Frédéric Worth, pionnier de la Haute Couture, fait défiler, le premier, ses modèles sur de vrais mannequins, dans de prestigieux salons où se rassemblent une clientèle féminine aisée… sans doute les premiers défilés de couture de l’histoire. En 1900, Paris compte une petite vingtaine de maisons de Haute couture. Il y en aura une centaine en 1946 … et à peine 15 au tournant du 21e siècle. HISTOIRE DE LANVIN Fondée en 1889, elle est la plus ancienne maison de couture parisienne. LA MODE AU 20E SIÈCLE1. La femme Lanvin » en novembre 1915. Fondée en 1889, Lanvin est aujourd’hui la plus ancienne maison de couture parisienne en activité. / 2. Gabrielle Chanel en 1928. Avant-garde et indépendance, le style Chanel intronise le style garçonne » emblématique des Années folles. Si le 20e siècle est le siècle des lumières, c’est aussi le siècle de la mode qui voit émerger quelques-uns de ses plus grands créateurs, Lanvin, Chanel ou Yves Saint-Laurent pour ne citer qu’eux, des couturiers d’exception qui ne travaillent que pour une rare clientèle aisée. HISTOIRE DES CHEVEUX COURTS Les années folles ont inventé l’allure garçonne qui provoqua l’ire de la bonne société. Retour sur un siècle de cheveux courts. LA MODE POPULAIREL’électricité crée l’industrialisation, qui crée la confection – l’ancêtre du prêt-à-porter – qui crée les grands magasins. Pour la première fois de son histoire, le vêtement sort des chaumières où la mère de famille le confectionnait parfois maladroitement. Il envahit les vitrines des grandes villes d’abord et de province très vite. Le premier phénomène mode de masse » est en mouvement. Et c’est le visage de toute notre société qui va changer. En 1930, la mode fait ses premiers pas dans le marché de la publicité lorsque Coco Chanel et le producteur de cinéma Samuel Goldwyn concluent un accord portant sur l’habillage des stars de la société United Artists ». HISTOIRE DE COCO CHANEL Pionnière du sulfureux style garçonne, elle a intronisé la marinière, le tailleur en tweed et l’indémodable petite robe noire. Qui est elle-elle ? Et comment est-elle devenue un mythe ? 1939-1945 SYSTÈME DPhotos 1. La mode des années 1940 gants, chapeau, veste cintrée et épaulée, jupe sous les genoux. Quai d’Orsay, août 1942. Bundesarchiv, Bild 183-H27235 / CC-BY-SA / 2. Deux femmes à la Sorbonne, Paris, 1948. Dutch National Archives CC / 3. Une femme enduite de “bas liquides” en 1941. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les restrictions martiales mettent en péril les maisons de Haute-couture. Les textiles comptent parmi les premiers produits limités, destinés prioritairement à l’industrie de l’armement. Les femmes rivalisent alors d’ingéniosité pour conserver leur élégance toute parisienne. Les rideaux se transforment en robe, on court aux puces chiner le moindre morceau de tissu et on se teint les jambes au thé pour imiter les bas en soie. La mode est drastiquement contrôlée la longueur des jupes remonte sous les genoux, faute de tissu, ce qui marquera l’avènement de la jupe crayon. Comme un signe de résistance à l’occupant, le chapeau devient une icône de la décennie. LES ANNÉES 1940 Entre restrictions militaires et système D, la mode doit faire preuve d’ingéniosité pour continuer à exister sous l’occupation. Jusqu’à la libération et au féminissime New Look de Christian Dior. LA MODE D’APRÈS-GUERREEn été 1945, les Européennes ont envie de changement, de couleurs et d’innovation. C’est la période euphorique de l’après-guerre, les beaux GI’s ont importé le chewing-gum et le rock’n’roll, la mode vestimentaire va elle aussi fortement s’inspirer de nos cousins américains. La mode devient fashion » et ce terme définit à lui seul un passage de relais. Être fashion, c’est être différent, un tantinet subversif. Les classes bourgeoises s’éloignent de cette notion anti-traditionnelle et la mode se scinde entre les collections classiques et les collections fashion » destinées à une clientèle très jeune, nombreuse et complètement émergente sur le marché. On sent les premiers vents d’émancipation. 1946 LE BIKINI L’après-guerre voit la création du bikini qui mettra presque deux décennies à s’imposer sur les plages. So subversif! Finies les pénuries martiales, c’est l’opulence. Après des années de tenues assemblées de bric-et-de-broc, la mode sera féminissime. »Les femmes, qui avaient remplacé les hommes partis au front dans les usines notamment, reviennent au foyer. Finies les pénuries martiales, c’est l’opulence. Après des années de tenues assemblées de bric-et-de-broc, elle sera féminissime. Christian Dior, jeune créateur alors inconnu, invente le “New Look” qui redessine une taille aux femmes. La jupe se fait corolle ou crayon, la lingerie… coquine. Paris, amorphe sous l’occupation, redevient la capitale mondiale de la mode. LES ANNÉES 1950 Taille cintrée, poitrine affirmée, lingerie, bas nylon et déferlante du prêt à porter les Fifties sont élégantes et féminissimes. 1967 LE JEANS DÉBARQUE EN FRANCE1967 voit déferler sur la France le blue jeans », un ancien bleu de travail qui, moulé sur les cuisses de James Dean, se trouve une nouvelle vocation qui fait sensation. Ce tissu résistant devient tellement populaire qu’il habillera bientôt les jeunes du monde entier, sans distinction de sexe. LA MODE DES ANNÉES 1960 ET 19701. La créatrice britannique Mary Quant en 1966, portant une robe de sa création. Elle est considérée avec André Courrèges comme la conceptrice de la mini-jupe. Photo Jac. de Nijs / Anefo, Nationaal Archief, the Dutch National Archives, Spaarnestad Photo. / 2. Mini-jupe présentée lors du défilé de Mary Quant en 1969. Photo Jac. de Nijs / Anefo, Nationaal Archief, the Dutch National Archives, Spaarnestad Photo. C’est une véritable frustration que la jeunesse lance dans les pavés hautement symboliques de mai 68. Les manifestations estudiantines aboutiront à l’émancipation de la femme qui est enfin autorisée à faire usage de la contraception et de l’interruption volontaire de grossesse. Témoin de ces bouleversements de mentalités, la jupe qui ose remonter au-dessus du genou naît dans les années 1960, causant l’effroi chez les gardiens des traditions Chanel dira qu’un genou, c’est moche et qu’il faut le cacher…. LES ANNÉES 1960 La femme s’émancipe et son corps adopte une nouvelle silhouette. C’est la décennie de l’iconique mini-jupe, de Pierre Cardin, de Courrèges ou d’Yves Saint Laurent LES ANNÉES 1970 Robes bohèmes, pattes d’éph, blouses fluides, imprimés psychédéliques cette décennie va marquer l’histoire de la mode ANNÉES 1980 EMPOWERMENT FLUO ET SUPERMODELSFinie le fluidité peace and love des seventies, les années 1980 claquent, secouent, innovent. Frime and fric, culte du corps, bronzage et make-up outranciers la mode est au too much. Sous la houlette des Jean-Paul Gaultier, Thierry Mugler, Jean-Charles de Castelbajac, Rei Kawakubo et autres Kenzo, elle s’habille d’épaulettes XL et de couleurs fluos qui piquent la rétine. La femme devient une “working girl” qui fait du sport dans son legging en lycra. 1. L’Allemande Claudia Schiffer, ici aux Césars en 1993, incarne l’ère des Super Models, avec sa blondeur et sa moue Baby Doll qui rappellent Brigitte Bardot. Elle est la première mannequin à avoir son effigie au Musée Grévin de Paris. Georges Biard, CC / 2. Naomi Campbell, première mannequin noire à faire la couverture de Vogue Paris en 1988. Sa carrière se poursuit aujourd’hui, comme ici au défilé Diane von Fürstenberg en 2014. Photo Christopher Macsurak. Les années 80 voient émerger une mode rebelle. Plus qu’esthétiques, ces nouveaux mouvements sont souvent politiques ou idéologiques. »Les années 80 voient émerger le nouveau visage de la mode ; les tops models. Des femmes et quelques hommes aux mensurations parfaites dont les sourires figés commencent à couvrir les chambres des jeunes adolescentes. Jusque là confinés aux podiums élitistes de la Haute couture, les mannequins se popularisent à la Une d’une presse spécialisée adolescente et féminine ; ils deviennent de véritables stars avec en tête de file Cindy Crawford et Claudia Schiffer, les tops models les plus célèbres et les mieux rémunérés de l’histoire qui continuent aujourd’hui encore à conclure d’importants contrats publicitaires. Après les acteurs de cinéma et les chanteurs, une nouvelle génération se met à idolâtrer des physiques », de jeunes hommes et femmes dont la seule compétence semble être la perfection de leur corps n’appelle-t-on d’ailleurs pas Elle McPherson The Body le corps » ? Parallèlement et non sans rapport, l’obésité et l’anorexie font leur apparition. Premiers malaises ; ces mannequins, modèles de consommation affichés dans tous les magazines, ne reflètent pas la société qui essaie pourtant à tous prix de leur ressembler… Ci-dessus les punks, ou “vauriens”, “voyous”, littéralement, mouvement emblématique de la mode contestataire des eighties. Ici lors d’une manifestation en Allemagne, 1984. Si à l’époque des Yéyés tout le monde il est beau, les années 80 voient émerger une mode rebelle. Plus qu’esthétiques, ces nouveaux mouvements sont souvent politiques ou idéologiques ; la mode sert ici à identifier les membres de chaque tribu » Punks, New Wave, Gothiques … En marge des collections initiées par les grandes enseignes, ces nouveaux mouvements obéissent à une mode marginale mais communautaire, souvent dictée par un leader idéologique. On pense notamment au chanteur des Cure, Robert Smith qui ose un look dark, des chemises amples et un maquillage voyant. Smith est aussitôt suivi par un important mouvement d’amateurs, tous de noir vêtus, au teint blanc et aux lèvres grossièrement teintes de rouge vif. C’est ce qui donnera naissance au mouvement New wave ». LES ANNÉES 1980 Lycra fluo, épaulettes XXL, imprimés débridés, sportswear, chic, fric et frime les eighties bousculent les codes et inventent une esthétique novatrice. ANNÉES 1990 CROP TOP, MOM JEANS ET CHOUCHOUS1. Les Spice Girls en 1997, CC Melanie Laccohee / 2. Britney Spears en 2003 Les années 1990 s’ouvrent sur la Guerre du Golfe 1990-1991 et une récession qui calment aussitôt la folie délurée des eighties. Sous l’impulsion des “Six d’Anvers” Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van Beirendonck Dirk Bikkembergs… et de designers japonais implantés dans la capitale française Izumi Ogino, Yoshiki Hishinuma, Junya Watanabe…, la mode aspire à plus de sobriété et de minimalisme, c’est le courant “antifashion” auquel répond l’exubérance d’un Alexander McQueen, John Galliano ou Thierry Mugler et leur style “cyber” déluré inspiré des films de SF Total Recall, Mars Attacks, Independance Day, Le Cinquième Élément, Matrix, …. Car malgré l’ambiance morose, la mode n’a pas dit son dernier mot flashy et, en-dehors des catwalks, la jeunesse s’amuse en chaussures à plateformes, jeans mom taille haute, crop tops colorés, les cheveux pleins de chouchous aux couleurs criardes. Leurs idoles ? Brenda et Kelly de Beverly Hills, Rachel et Monica de Friends, les Spice Girls, Britney Spears. Mais aussi des égéries plus dark de la mouvance “Kinderwhore”, comme la sulfureuse Courtney Love. Mode girly, un poil féministe “Girl Power !”, grunge et minimalisme cohabitent ainsi dans un joyeux patchwork d’influences. Une tendance qui n’en finit pas de revenir, portée par les labels les plus pointus de la fashionsphère, Off-White, Balenciaga, Vetements notamment, qui n’en finissent plus de réinterpréter les tendres nineties et leurs coupes radicales. LES ANNÉES 1990 Chouchous dans les cheveux, crop top, plateformes aux pieds et mom jeans taille haute, les nineties inspirent plus que jamais les créateurs du moment. 21E SIÈCLE, L’ÉMERGENCE DES MARQUESLe phénomène des marques » apparaît dans les cours de récréation au tournant de l’an 2000. Pour la première fois, le nom du fabricant du vêtement compte plus que son aspect. C’est une véritable aubaine pour les marques qui en usent et en abusent. C’est bien sûr la publicité qui crée ce phénomène. Le message est assez simple Regarde, ton idole aime cet habit. Tu veux lui ressembler ? Alors porte-le ». Évidemment, c’est un peu basique mais bien mis en scène et récité par un célèbre footballeur, ça marche. C’est le sport qui le premier érige un culte à ses marques phares omniprésentes sur les stades de foot. L’idée est de développer des chaussures de sport à usage citadin, la basket urbaine » qui fait sensation. Adidas, Nike, Puma, tout le monde s’y met et pour vendre, les grandes marques n’hésitent pas à casser leur tirelire pour s’offrir les plus grandes personnalités sportives du moment. Aujourd’hui, le marketing des célébrités ne se limite plus au monde du sport et les marques développent des contrats avec des chanteurs, des comédiens, des mannequins, des “it girls”, des journalistes et présentateurs de télévision, notamment. L’HISTOIRE CONTINUE… SUR INTERNETInternet entre dans le jeu et bouleverse les codes. Les défilés sont retransmis en direct sur les réseaux sociaux, les images sont partagées, commentées, adorées, détestées. Les marques investissent Instagram, Twitter, Pinterest, Snapchat et échangent directement avec leur clientèle. Celle-là même, impatiente, qui veut tout, tout de suite, sans attendre de longs mois pour que les pièces des défilés soient proposées en boutique. Alors, la mode se réinvente, encore. Certains créateurs ont déjà avancé la commercialisation de leurs collections pour répondre aux désirs immédiats de l’homo numericus, le see now, buy now ». Une révolution en marche… qui n’en est qu’à ses balbutiements. PLUS DE MODE Rédaction2019-11-10T163547+0100 Partager cet article Articles similaires Page load link Aller en haut pouvaitpas imposer ses vertus et son mode de vie. C’est l’époque d’une naissance de l’hostilité très forte des artistes et des écrivains à la nouvelle société. Un certain nombre de caractéristiques de la société bourgeoise « génèrent l’exaspération et la plainte de ses contemporains ». Un des premiers soins du gouvernement est le « remaniement complet
Quels changements de comportements et de mode de vie accompagnent les mutations de la société française ? 1. L'entrée de la société française dans l'ère de la consommation de masse 1945-1968 a. Vers une société de consommation Grâce à la hausse du niveau de vie et à la diversité de la production, un grand nombre de Français accèdent à la consommation de masse. Cette consommation se diversifie et porte moins sur l'alimentation et l'habillement et davantage sur la santé et les loisirs qui connaissent d'ailleurs un essor considérable grâce aux congés payés cinq semaines et à la réduction du temps de travail. Les habitudes et modes de consommation évoluent grâce au développement de la publicité et des supermarchés ainsi qu'à l'essor du crédit. b. La démocratisation du confort La société devient de plus en plus urbaine les villes s'étendent de plus en plus sur leur périphérie où se construisent de grands ensembles au confort moderne les cités qui permettent de résoudre le problème du manque de logements. Inversement les campagnes subissent l'exode rural, le mitage industriel et la périurbanisation ainsi que le recul des traditions. Le baby-boom favorise l'émergence d'une nouvelle catégorie de consommateurs les jeunes. Ces derniers incarnent la société de consommation dont ils véhiculent les produits comme le jeans par exemple, mais aussi la musique avec l'essor du yéyé et du rock. Le système éducatif se démocratise en s'ouvrant à un plus grand nombre. 2. 1968-1983 entre contestation et conquête des libertés a. Les nouvelles libertés Les années 1970 et 1980 sont marquées par des progrès significatifs dans le domaine des libertés, notamment dans celui des mœurs. C'est durant cette période que les femmes conquièrent un certain nombre de droits comme celui d'avorter accordé par la loi Veil de 1975. La lutte pour l'émancipation féminine est incarnée par le Mouvement de libération de la femme MLF qui revendique l'égalité des droits entre les femmes et les hommes. À partir de 1981-1982, la liberté de la presse est renforcée par la loi. C'est aussi durant cette période qu'est autorisée la diffusion des radios libres FM. b. Démocratisation ou uniformisation culturelle ? La culture de masse fait son apparition et la télévision en devient le premier support de diffusion au détriment de la presse, du livre et des spectacles. Ces supports traditionnels de transmission culturelle sont en effet en recul et ce malgré toute une politique de démocratisation de la culture qui se traduit notamment par la construction de l'Opéra Bastille. Dans le domaine des loisirs, on assiste à l'apparition d'autres formes de pratiques qui deviennent rapidement des références de la culture de masse - développement des parcs de loisirs sur le modèle américain Eurodisney, parc Astérix ; - les événements sportifs comme les jeux olympiques ou la coupe du monde de football deviennent de véritables spectacles. c. La contestation de la société de consommation Les années 60 s'achèvent dans la contestation d'estudiantin le mouvement devient rapidement social. La génération du baby-boom conteste en effet le pouvoir en place et rejette la société de consommation de masse, au nom de modèles utopiques et exotiques comme par exemple le mouvement hippie. 3. Des années 80 à nos jours trois décennies marquées par la crise et la précarité a. La crise de la société de consommation À partir du début des années 70 la société de consommation est frappée par une crise qui engendre précarité et pauvreté. Chômage, misère SDF, recul du monde ouvrier, vieillissement de la population posent le problème des assurances sociales et du paiement des retraites. Les inégalités se creusent et favorisent l'émergence d'un "quart monde", constitué de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, parfois même en travaillant. Cependant les grands mouvements sociaux sont moins nombreux et, lorsqu'ils éclatent, échappent en grande partie aux syndicats comme lors des grèves de 1995. b. L'affaiblissement du tissu social La famille traditionnelle éclate un mariage sur trois se termine par un divorce et les familles monoparentales une famille avec un seul parent ou recomposée une famille composée d'enfants issues de différentes unions se multiplient. La perte des repères traditionnels favorise la montée de l'individualisme et l'isolement des plus fragiles. La délinquance, juvénile notamment, se développe également et touche considérablement les milieux populaires et immigrés. La médiatisation et la récupération politique de cette délinquance renforcent le racisme et le sentiment d'insécurité. L'essentiel Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France connaît une phase de reconstruction qui permet un essor rapide de son économie et, par voie de conséquence, une hausse du niveau de vie de sa population. Le pays entre alors dans l'ère de la société de consommation. Toutefois, dès la fin des années 60 mai 1968, la société française connaît une crise sociale et morale qui remet en question les fondements de la société de consommation. Cette crise permet un progrès des libertés mais elle favorise également l'individualisme. Dans les années 70, l'économie qui entre dans une phase de crise la France est alors confrontée à la précarité de l'emploi et connaît un renforcement des inégalités. Toutefois, la modernisation et l'uniformisation de la société se poursuivent dans le contexte de la mondialisation. Vous avez déjà mis une note à ce cours. 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Lorsde son séjour à Rome en Italie, en juillet 2021, Mme Catherine Kathungu a représenté ses collègues africains en charge de la culture, arts et patrimoines au sommet des ministres en charge de la culture du G20. En marge des rencontres du sommet, elle avait évoqué la question de la protection des artistes musiciens congolais sur les
Par Romano Garagerocker, le 20 août 2013 article mis à jour le 06 juillet 2021 Continuons à partir d’où on s’est arrêté dans notre série sur l’histoire de la mode. Après les années 30, les années 50 et les années 60, nous abordons les années 1970 ! Dans un monde scindé en deux parties une qui a plongé dans une décadence et un rejet certain des règles de la société mouvement hippie, et paradoxalement une autre qui a totalement épousé un mode de vie centré sur la consommation de masse, les idoles de la décennie tombent comme des mouches, Beatles, Hendrix, Joplin… comme s’il fallait recommencer une nouvelle révolution culturelle. Elle aura lieu dès la fin des Trentes Glorieuses, moins en France. Voici l’histoire de la mode des années 70. Quelques dates clés 1970 Jimi Hendrix et Janis Joplin meurent d’une overdose 1970 En Avril, les Beatles annoncent leur séparation 1970 Le Brésil de Pelé remporte la coupe du monde de football 1971 Premier choc pétrolier aux Etats-Unis 1971 Au Madison Square Garden a New York a lieu le “Combat du siècle” opposant Joe Frazier à Mohamed Ali 1971-1972 En seulement 24 épisodes Amicalement Votre devient un immense succès en France 1971-1975 Michel Legrand est nommé 27 fois aux Grammy Awards ! 1972 JO de Munich + prise d’otages de l’équipe olympique israélienne 1972 début de la série M*A*S*H; adaptation du film sorti 2 ans plus tôt 1973 Décès de Pablo Picasso 1973 Bruce Lee meurt d’un oedème cérébral à l’âge de 32 ans 1974 démission du président Nixon 1975 Loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse 1977 Stephen King sort Shining, l’enfant lumière 1978 Karol Józef Wojtyła devient le Pape Jean-Paul II Personnages marquants 1 crédits Thierry Samuel, 2 crédits Everett, 3 crédits Nigel Parry , 4 crédits Allociné, 5 crédits Platon Photography 1 Claude François [1939-1978] Idole de la musique populaire durant les années 60 et 70, il a vendu plus de 60 millions de disques. En 1974, il enregistre un de ses plus gros succès Le Téléphone Pleure, écoulé à plus de 2,8 millions d’exemplaires. 2 Robert Redford [1936-…] Lancé dans les années 50 à la télévision, il se dirigea davantage vers le cinéma dans les années 60 et 70, entre 1970 et 1979, il tourna dans 12 films. En 1973, il tourne dans L’Arnaque, pour lequel il sera nommé à l’Oscar du meilleur acteur. 3 Jack Nicholson [1937-…] La décennie marque son ascension fulgurante dans le monde du cinéma, tournant dans les plus grands films Chinatown, Vol au dessus d’un nid de coucou…, il refusa même le rôle principal du Parrain à Coppola pour désaccord artistique même s’il se doutait du succès du film. Il est aujourd’hui l’acteur le plus nommé aux Oscars. 4 Louis de Funès [1914-1983] Il est l’un des acteurs comiques les plus connus et appréciés du cinéma français, en près de 40 ans de carrière, il a tourné dans plus de 140 films et a joué dans des dizaines de pièces de théâtre. 5 Al Pacino [1940-…] En 1971, il obtient le rôle principal dans Panique à Needle Park, grâce à ce film il se fait repérer par Francis Ford Coppola qui, même si inconnu, le préférera face à Robert Redford pour le rôle de Michael Corleone. 6 crédits Andy Gotts, 7 crédits Masayoshi Sukita, 8 crédits Altmanphoto, 9 crédits Jean-marie Perier, 10 crédits Allmusic 6 Robert De Niro [1943-…] Grand perfectionniste, il est réputé pour l’énorme travail porté à ses rôles dans des films éclectiques. C’est cette particularité qui fait qu’aujourd’hui il est reconnu comme l’un des plus grands acteurs du cinéma. 7 David Bowie [1947-2017] En près de 50 ans de carrière, Bowie a vendu plus de 140 millions de disques dans le monde. Il est l’un des personnages les plus marquants de la musique pop, grâce à ses changements de styles et chansons devenues des classiques. 8 Elton John [1947-…] Avec 350 millions de disques vendus, il est l’un des artistes les plus populaires de la musique. Virtuose du piano, il est autant connu pour ses chansons d’amour que ses tenues extravagantes. 9 Stevie Wonder [1950-…] 22 Grammy Awards, 72 millions d’albums vendus, en 50 ans de carrière il a réussi à devenir une légende vivante de la musique funk. En 1972, il sort Superstition, un de ses plus grands succès. 10 Queen [1971-…] Plus grand groupe britannique des 4 dernières décennies, il a vendu plus de 300 millions d’albums et a été l’un des pionners dans l’élaboration du clip vidéo. Malgré la disparition du leader du groupe, Freddie Mercury, en 1991, le groupe existe encore aujourd’hui. 11 crédits Mickael Mclenery, 12 crédits Richard Avedon , 13 crédits Ondrea Barbe, 14 crédits LeMelloton, 15 crédits chantemarie 11 Dame Shirley Bassey [1937-…] Diva de la musique de variété, avec 135 millions d’albums vendus et près de 60 ans de carrière, elle détient avec Barbra Streisand le record de la plus longue carrière dans les charts. Ses interprétations pour 3 films de la saga James Bond Goldfinger en 1964, Diamonds are Forever en 1971 et Moonraker en 1979 l’ont propulsé au stade de star internationale. 12 Cher [1946-…] Avec 100 millions d’albums vendus, elle est la seule chanteuse à avoir classé au moins un numéro 1 des charts à chaque décennie depuis les années 60. Outre une carrière de chanteuse, elle est également reconnue pour ses talents d’actrice, ainsi en 1987 elle sera oscarisée pour son rôle dans Eclair de Lune. 13 Meryl Streep [1949-…] Souvent considérée comme la meilleure actrice des 30 dernières années, avec 17 nominations aux Oscars, elle est l’actrice à avoir été le plus de fois nommée. En 1979, elle joue dans Kramer contre Kramer aux côtés de Dustin Hoffman. 14 Diana Ross [1944-…] Leader du groupe The Supremes jusqu’en 1969, elle enchaîna sur une carrière solo en accumulant les tubes, avec notamment Ain’t no Mountain High Enough, Love Hangover et Upside Down. Ami de longue date, Michael Jackson déclara à son propos qu’elle était pour lui “une mère, une amante et une sœur”. 15 Sheila [1945-…] Avec 85 millions d’albums vendus, c’est la chanteuse française ayant vendu le plus de disques dans le monde. Les années 70 marquent un tournant dans sa carrière où elle s’oriente vers des tubes disco qui la feront connaitre à l’international. Elle a enregistré plus de 600 chansons dans sa carrière. Sans oublier ABBA, Donna Summer, Daniel Balavoine, Jodie Foster, Cliff Richard, Jane Fonda, Amanda Lear, Michel Polnareff, AC/DC, Aerosmith, Barry White, Bee Gees, Blondie, Bob Marley, Boney M, Earth, Wind and Fire, Eric Clapton, France Gall, Giorgio Moroder, Joan Baez, John Lennon, KC & The Sunshine Band, Kiss, Led Zeppelin, Pink Floyd, The Clash, The Doors, The Jackson Five, The Police, The Who, Véronique Sanson… Cinéma 1 Orange Mécanique de Stanley Kubrick 1971 Passé au rang de film culte, à l’époque au Royaume-Uni le film fait polémique après que plusieurs groupes de jeunes aient pris exemple sur le film. A noter que David Prowse qui joue Julian, le garde du corps de l’écrivain a obtenu 6 ans plus tard le rôle de Dark Vador dans Star Wars. 2 Le Parrain de Francis Ford Coppola 1972 Référence absolue des films sur la mafia, il arrive régulièrement premier dans les classements recensant les meilleurs films de tous les temps. Coppola réalisa deux suites Le Parrain 2 1974 & Le Parrain 3 1990. 3 Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury 1973 Sorti en pleine guerre du Kippour, le film connu une sortie mouvementée et controversée. Ce qui n’empêcha pas pour autant d’enregistrer plus de 7 millions d’entrées, et d’être classé en tête du box-office en 1973 4 Chinatown de Roman Polanski 1974 grand classique de la décennie, les critiques furent élogieuses à l’époque et le film reçu 11 nominations aux Oscars. Une suite réalisée par Jack Nicholson intitulée The Two Jakes sortie en 1990. 5 Gastby le Magnifique de Jack Clayton 1974 Troisième adaptation au cinéma du roman de F. Scott Fitzgerald, le rôle de Gatsby fut initialement proposé à Warren Beatty, Jack Nicholson et Steve McQueen mais tous refusèrent l’offre en raison de désaccord sur le choix du reste du casting. 6 Vol au dessus d’un nid de coucou de Miloš Forman 1975 tourné dans un véritable hôpital psychiatrique, certains figurants étaient de réels patients. Malgré le succès critique 5 Oscars, 13ème meilleur film du cinéma sur l’IMDB, Ken Kesey, l’auteur du roman, s’est dit tellement déçu du scénario, qu’il n’a jamais regardé le film. 7 Les dents de la mer de Steven Spielberg 1975 2nd long-métrage du réalisateur, il s’agit du tout premier blockbuster du cinéma. Succès critique et commercial, le film engrangea a l’époque près de 500 millions de dollars de recettes et gagna 3 Oscars. 8 Rocky de John G. Avildsen 1976 le film lança la carrière de Sylvester Stallone qui joua dans les 5 suites et en réalisa 4. Énorme succès à l’époque, ce fut le film le plus rentable l’année de sa sotie. 9 Carrie au bal du diable de Brian De Palma1976 adaptation de du premier roman de Stephen King, plusieurs scènes sont construites en forme de clin d’œil à l’oeuvre d’Alfred Hitchcock. Une nouvelle adaptation est prévue au cinéma à la fin de l’année. 10 Taxi Driver de Martin Scorsese 1976 Palme d’or du Festival de Cannes en 1976, Jodie Foster n’ayant que 12 ans lors du tournage, c’est sa soeur Coddie qui la doubla dans certaines scène trop explicites. La fameuse réplique de Robert De Niro “You talkin’ to me ?” était en réalité une improvisation. 11 La fièvre du samedi soir de John Badham 1977 ce film contribua largement à la diffusion de la culture disco à l’international, la bande originale du film signée essentiellement par les Bee Gees se venda a 40 millions d’exemplaires. Sylvester Stallone réalisa une suite en 1983 intitulée Staying Alive. 12 La Guerre des étoiles de George Lucas 1977 Star Wars IV est le premier épisode d’une saga de 9 films qui a très largement influencé le cinéma. Autant par la révolution apportée par les effets spéciaux que par son univers proche du fantastique et de la science-fiction. Le film remporta 7 Oscars. 13 Grease de Randal Kleiser 1978 adapté de la comédie musicale de Broadway, le film fut le plus gros succès de l’année devant Superman. Le single phare You’re the One That I Want, s’est vendu à plus de 28 millions d’exemplaires dans le monde. 14 Les Bronzés de Patrice Leconte 1978 succès jugé correct à l’époque, ce n’est au fil des années que le film a acquis une stature de film culte, au même titre que Les Bronzés font du ski, sorti l’année suivante. 15 Apocalypse Now de Francis Ford Coppola 1979 s’il s’agit là d’un film légendaire, sa production fut chaotique. Le tournage devait durer 6 semaines mais s’étala sur 16 mois et le montage sur 3 ans ! Le film fut un immense succès critique et gagna ainsi la Palme d’Or à Cannes la même année, 2 Oscars, 3 Golden Globes et 1 César. Ainsi que Diamonds are Forever 1971; La folie des grandeurs 1971; Le Mans 1971; Mean Streets 1973; Serpico 1973; Mon Nom est Personne 1973; L’arnaque 1974; L’homme au pistolet d’or 1974; L’exorciste 1974; Massacre à la tronçonneuse 1974; The Rocky Horror Picture Show 1975; Les 12 travaux d’Astérix 1976; Rencontre du troisième type 1977; Annie Hall 1977; Superman 1978; Midnight Express 1978; Moonraker 1979; Manhattan 1979 … Le style des années 70 La mode du début des années 70 commence comme s’est terminée la décennie précédente. Le look hippie avec des pantalons boot-cut, t-shirts psychédéliques colorés et autres pièces inspirées des natifs américains étaient donc très présentes. Très tôt, les femmes voient de nombreuses nouveautés apparaître dans leur garde-robe les escarpins à plateforme, puis jupe qui s’allonge proposant désormais trois différentes longueurs. Si la mini-jupe était déjà apparue dans les années 60, on en trouve désormais qui arrivent à mi-cuisses et d’autres jusqu’aux chevilles maxis. Le hot pants apparaît, un short plus court que court. Si vers la fin des années 70, la popularité de la mode féminine a explosé du fait de la créativité de nombreux créateurs et de leur space age », cela continue dans cette décennie avec l’illustre Diane Von Fürstenberg qui en 1972 invente la robe cache-cœur wrap dress une robe versatile que l’on peut porter au bureau comme pour sortir et qui sied à toutes les morphologies. Un an plus tard, en 1973, c’est la naissance du premier parfum masculin, Paco Rabanne » pour homme. Plus tard, dans la deuxième moitié des années 70, la mode change radicalement de face sous l’impulsion d’Yves Saint Laurent qui dans sa collection de 1976 invente le Rich Peasant » look paysan riche. Ses caractéristiques principales des jupes à froufrous, des pulls sans manches et des épaules tombantes, une fluidité jamais vue jusqu’alors. Le look s’accessoirisait de colliers de fleurs en soie, les vêtements étaient brodés ou imprimés de fleurs. En marge de ces modes mainstream » une petite boutique de Londres gagne en popularité pour son style à part. Elle est située au 430 King’s Road et tenue par Malcolm McLaren, Vivienne Westwood et Patrick Casey. Ils feront changer le nom de leur boutique et son univers au gré de l’évolution des modes culturelles dans la capitale anglaise. Très vite, la boutique devient incontournable, si bien qu’à partir de la seconde moitié des années 70, Vivienne Westwood qui a commencé à faire ses propres vêtements habille les Sex Pistols. Le mec Normal Si l’on prend l’ensemble des sous-cultures que l’on cite lorsqu’on veut se rappeler de l’époque punks, glam, skins, etc. disons que le mec normal n’en a rien à foutre, surtout en France ou ces mouvances n’apparaissent que lors de la décennie suivante ! Formel La tenue formelle du mec normale dans les années 1970 est très influencée par la mouvance disco, elle est donc bien plus décontractée que durant les années 60. On porte tout de même le costume au bureau et pour les occasions formelles. Les vestes, à boutonnage croisé comme simple, sont coupées près du corps, jusqu’aux hanches, et sont évasées en bas. Le costume trois-pièces qui avait été délaissé par la décennie précédente fait son retour. On les propose en laine, velours voire même en veau retourné suede. Les boutons sont couverts de tissu et les revers sont très larges. Le pantalon de costume a une coupe plus large qu’un pattes d’eph’, mais reste évasé aux chevilles. En général on trouve tout dans des couleurs plus gaies, les costumes se parent parfois de motifs géométriques et les chemises gagnent en fantaisie. Aux pieds, c’est la chaussure a talon, voire à plateforme qui a les faveurs de tout le monde, chez les hommes comme chez les femmes, car elle grandit la silhouette. A vrai dire, Côté accessoire, la kipper tie » cette cravate qui était réservée aux gens à la mode des années 60 devient un standard. On porte également des lunettes à pont type aviateur, mais en plus carrées avec des verres colorés mais transparents. En France, les cheveux longs sont de mise et il n’est pas rare de voir les hommes porter la barbe. Casual Les années 1970 voient également la démocratisation du costume détente, fait de matière synthétique comme le polyester, plus léger et plus facilement lavable. La veste arbore un revers plus large pour compenser le fait de ne pas porter de cravate. Les couleurs sont sacrément osées on retrouve des pastels et de nombreux imprimés géométriques comme les gros carreaux par exemple. L’homme ne recule devant rien, au point de porter du violet voire de l’orange sur une chemise à motif floral. La chemise, par ailleurs, est cintrée et arbore un grand col que l’on nomme familièrement pelle à tarte ». Jeunes Au cours des années 1970, les jeunes commencent également à porter des t-shirts graphiques, notamment en insérant une image au fer sur leur t-shirt. Aussi les t-shirts avec des messages inscrits commencent à apparaître aux Etats-Unis ainsi, des modèles inspirés du baseball puis ceux inspirés de séries TV mettant en scène des superhéros US. Par ailleurs, la chemise à carreaux, issue de la période hippie reste très présente au cours des années 70 en France. Clairement, la mode casual de cette époque voit l’usage du jeans grandir. Jusqu’à la moitié de la décennie, on porte toujours des coupes pattes d’éléphant jusqu’à la fin en France mais commencent à apparaître alors des modèles coupe droite. Les jeunes commencent également à porter des chaussures jusqu’ici réservées à un usage sportif des baskets en tissu quoi. La veste en jeans gagne en popularité vers la fin de la décade, alors portée par les vedettes de l’époque. Grosso modo, après la production “nécessaire” durant les 30 glorieuses, la production est passé au “superflu”, faisant passer la société dans une nouvelle ère de consommation de “masse”. Les jeunes français sont désormais directement visés par les publicités des marques de mode qui les poussent à acheter leurs produits, notamment les jeans que le jeune possède désormais en plusieurs exemplaires. Le disco Avec la popularisation de la musique disco et la diversité croissante de tissus, un changement drastique est intervenu dans la mode de tous les jours tous les styles et types de vêtements furent affectés par ce succès populaire, notamment en ce qui concerne les hommes. Cette influence est d’ailleurs amplifiée avec la sortie du film La Fièvre du Samedi Soir dès 1977 aux Etats-Unis. Au sein de la panoplie de base se trouve le costume trois pièces, qui est désormais disponible dans de nombreux coloris déroutants. Il comporte un revers plus large, des pantalons pattes d’éléphant, sinon à coupe large et des gilets tombant au-dessus de la ceinture. Côté accessoires, les cravates sont plus larges et arborent également des motifs bien plus osés, les cols de chemise deviennent beaucoup plus longs et pointus, du type de ceux populaires dans les années 20. Aux pieds, des bottes à talons inspirées de modèles féminins sont les plus prisés. Vers la fin de la décennie, la mode disco muta en quelque chose de plus moderne. Les combinaisons zippées jumpsuits sont alors populaires chez les hommes comme les femmes. On porte également des pantalons collants aux cuisses et évasés en Spandex, des chemises en soie et on accessoirise avec un foulard autour du cou, puis des cardigans à grosse maille quand il fait froid. Concernant la coiffure, la plus prisée restait la coupe afro, surtout aux Etats-Unis ou même les blancs y trouvaient une alternative aux cheveux longs. Le punk Alors que l’économie des 30 Glorieuses commence à s’essouffler en Europe et notamment en Grande-Bretagne, ce mouvement contestataire voit le jour. Nommés ainsi comme un magazine créé en 1975 aux Etats-Unis, les punks défient alors toutes les croyances établies de la société et ses institutions avec pour crédo la création par le trouble » et s’opposent au mouvement hippie de la fin des années 1970 comme un mouvement antisystème, voire nihiliste. Comme nous le disions en préambule, de leur petite boutique de Londres, Vivienne Westwood et son partenaire Malcolm McLaren sont reconnus comme les pionniers du look punk. Cette boutique qui a elle aussi changé d’influences au même rythme que la société, et même avec un temps d’avance prend le nom de Sex » en 1974. Malcom est alors manager d’un groupe précurseur du Punk nommé les New York Dolls. Impressionné par leur allure, il ramène de nombreux posters et vinyles pour en décorer sa boutique londonienne, décidant d’adapter ce look à la sauce anglaise. C’est au travers des Sex Pistols dont il prendra le management en 1975 qu’il le fera avec sa partenaire Vivienne Westwood, principalement pour faire de la pub à leur boutique et faisant du groupe les premières icones punk. Le dresscode punk est à la base loin de l’image qu’on peut s’en faire aujourd’hui. Le but étant de s’opposer au hippies idéalistes, si au milieu des années 70, il n’y a pas encore de crêtes ni de cheveux colorés, on commence par couper, voire raser les cheveux longs et la barbe que tous arboraient à Woodstock et à porter des cheveux ébouriffés. Les vêtements qui étaient cleans et gais sont remplacés par d’autres plus sombres le jeans tout propre est déchiré, il n’est plus évasé mais serré, les vestes en cuir retourné sont remplacées par des perfectos noirs, les graphiques colorés des t-shirts sont remplacés par des taches de sang ou des messages choquants, puis des épingles de suretés, des clous et autres rivets deviennent des bijoux. Aux pieds, on porte des creepers ou des Dr Martens. Sous l’impulsion de la boutique Sex, de nombreux accessoires fétichistes sont adoptés par les punks, le tartan anglais reste présent en toile de fond. Par la suite, dès 77, de nouveaux éléments apparaissent dans le look punk. La customisation de vêtements bat son plein, puis l’influence newyorkaise de McLaren déteint sur les SexPistols. Le look en Europe s’agrémente alors de tennis blanches abimées même si les Ramones en portaient aux Etats-Unis depuis leurs débuts et d’imprimés animaux. Le look Mod reste présent dans une branche moins radicale du Punk avec des costumes et chapeaux, puis d’autres commencent à inclure des pièces militaires dans leur tenue. Sinon, c’est à cette période que l’on commence également à voir apparaitre le mohawk », la coupe en crête aux couleurs délibérément choquantes, et des crânes rasés de la part de ceux que l’on amalgame comme skinheads, des punks plus radicaux. Le glam En Grande-Bretagne principalement et aux Etats-Unis, une mode au début des années 70 s’inspire de l’extravagance des vedettes du glam rock. Strass et paillettes sont alors au rendez-vous sous l’impulsion de David Bowie qui vient tout juste de lancer son premier album phare The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars 1972. A cette époque, les hommes portent souvent des costumes sctintillants, des vestes matelassées, des évasés larges, des pantalons en velours et des t-shirts incrustés de pierres brillantes. Leurs cheveux sont longs, du moins derrière car coupés en mulet, parfois hérissés, mais toujours colorés. Ils sont à l’époque eux aussi adeptes des chaussures à plateforme. Les suedeheads Mouvement dérivé des skinheads au début des années 70, mais vêtus plus formellement, portant souvent des costumes pied de poule ou Prince de Galles, des manteaux longs du même style que ceux que l’on trouve chez Crombie, des vestes en peau de mouton et des chemises à large col boutonné. Pour vous donner une idée, le plus représentatif pourrait être un pull sans manches porté sur une chemise à carreaux. Les suedeheads, comme les skinheads, sont adeptes des pantalons Sta-Prest de chez Levi’s un pantalon casual dont le pli ne se déforme jamais. Ils aiment égalent les chaussettes de couleurs et écoutent du reggae, de la soul, du ska et même du Glam Rock. Retrouvez notre tableau consacré aux années 70 sur Pinterest La playlist La mode des années 80 Tags Histoire de la mode
Cesentiment, en marge des modes et des courants artistiques traditionnels, s'exprime par la création d'une réalité parallèle, animée par des personnages étranges et lugubres. Dans cet univers, la volonté de l'artiste semble être de dénoncer la bassesse de la société humaine, désormais condamnée à un enfer perpétuel. Dans ce but
Accueil Revues Espaces et sociétés Numéro 2017/4 n° 171 Zone l’espace d’une vie... Éditorial Zone l’espace d’une vie en marge Suivre cet auteur Jérôme Beauchez, Suivre cet auteur Florence Bouillon, Suivre cet auteur Djemila Zeneidi Dans Espaces et sociétés 2017/4 n° 171, pages 7 à 18 Suivant ArticlePlanBibliographieAuteursCité parfile_downloadTélécharger Article Même si on dort dans la rue, on n’est pas des loques. On est des chômeurs, des zonards, des mancheurs, mais on n’est pas des clochards. » Propos anonymes, recueillis dans la rue par Lionelle Reynes 1985, p. 38 1 Alors que le quotidien des jeunes de banlieue » ou des bandes ethniques » focalise depuis plusieurs décennies l’attention des sociologues, l’autre visage des jeunesses reléguées que présentent les zonards » reste quant à lui quasi invisible du point de vue des sciences sociales européennes. Rares sont en effet les études de ces nomades du vide » Chobeaux, 2004 que seraient ces jeunes de la rue, que l’on dit aussi en errance » Laberge et Roy, 1996 ; Pattegay, 2001 ; Parazelli, 2002. Population sans domicile aux allures bigarrées, souvent accompagnée de ses chiens, ils apparaissent surtout dans le rôle du mancheur réclamant la pièce sur le pavé des centres-ville ou au seuil des supermarchés. À la fois terme vernaculaire et concept proche de l’expérience, le mot zonard est celui que la plupart choisissent pour se désigner Pimor, 2014. La zone évoque alors un mode de vie supposant de tracer sa route dans les marges de la société de consommation Angeras, 2012, d’où les appellations de traceurs ou de routards également employées par certains. 2 L’étymologie du terme renvoie à la zone non aedificandi non constructible qui s’étendait au-delà des fortifications de Paris. Après la guerre de 1870, la destination exclusivement militaire de cet espace a été peu à peu abandonnée pour céder la place à l’installation de baraquements, de roulottes et de taudis qui ont regroupé les travailleurs pauvres, les chiffonniers, les vagabonds, les mendiants et autres représentants des classes dangereuses » dont Louis Chevalier a réalisé une célèbre historiographie Chevalier, 2002. Aux marges de Paris, les zoniers » incarnent alors la figure du paria urbain qui inquiète ou menace la société bourgeoise. Photographiés par Eugène Atget [1] 1913 et filmés par Georges Lacombe 1928, ils apparaissent comme mis au ban d’une société industrielle qui les a frappés d’infamie. 3 Les zonards d’aujourd’hui composent une nouvelle strate de l’archéologie des marges urbaines. Récente, elle trouve ses racines syncrétiques loin des anciennes fortifications de Paris, dans l’entremêlement des subcultures punk et traveller nées outre-Manche au cours des décennies 1970 et 1980. Tandis que la zone d’hier correspondait à un territoire bien délimité, celle d’aujourd’hui se matérialise dans les déplacements de groupes qui évoluent principalement dans les intervalles des villes. Si les zonards contemporains ne sauraient par conséquent être vus comme leurs descendants directs, ils partagent néanmoins avec les zoniers d’autrefois certaines propriétés de situation dans l’espace social. Les uns comme les autres restent en effet confinés à des espaces caractérisés par la relégation, à des situations érigées en problème social. Ainsi la présence et la visibilité des zonards – particulièrement remarquées depuis le tournant des années 2000 à l’occasion des festivals dédiés à la musique ou aux arts de rue – sont-elles le plus souvent envisagées comme relevant d’une problématique d’encadrement d’une fraction de la jeunesse considérée comme déviante. Ils font l’objet d’une culture du contrôle » Garland, 2001 qui oscille entre mesures de bannissement prises par certaines mairies et tentatives de régulation d’une présence dont il s’agit de maîtriser les potentiels effets pathogènes. Les questions du sans-abrisme et de l’insécurité ont dès lors été posées, aux côtés des problèmes de santé publique liés aux consommations d’alcool et de produits stupéfiants Chobeaux, 2004, p. 41-42 ; Hurtubise et Vat Laaroussi, 2002 ; Van Hout, 2011. 4 Ainsi la vie et le quotidien des zonards apparaissent-ils essentiellement en négatif de ce qu’en disent les pouvoirs publics ou les instances de régulation sanitaire et sociale Langlois, 2014. Un négatif qui, à la manière d’une image photographique où les contrastes apparaissent comme inversés, ne donne à voir qu’un reflet d’une réalité dont ressortent les défauts, comme les manques. Ce numéro d’Espaces et Sociétés a pour objet de proposer une autre prise de vue. Celle-ci ouvre sur une double perspective la première cible les modalités d’intervention, ou de non-intervention, de la puissance publique vis-à‑vis des habitants et des acteurs de la zone. Hier comme aujourd’hui, comment les institutions font-elles face à des populations qui, de manière subie ou choisie, se situent à la marge des centralités urbaines comme des normes sociales communément partagées ? Quels sont les marges de manœuvre accordées, les modalités de répression, les terrains d’entente éventuels, et comment se traduisent-ils du point de vue de la gestion de ces indésirables » ? La seconde focale a pour objet de restituer de l’intérieur les systèmes de valeurs qui orientent les actions des zonards. Du point de vue de ses acteurs, que désigne au juste ce signifiant dont la plasticité renvoie aux idées d’un espace indissociablement physique et symbolique ? Autrement dit, qu’il relève de l’auto-attribution ou du stigmate, à quoi correspond exactement le label zonard dans les mondes de la marge et leurs territoires ? Quels en sont les codes et de quelles façons se transmettent-ils ? 5 Pour répondre à cette double interrogation, ce dossier se décline en trois thématiques. Les deux premiers articles traitent de la zone parisienne dans une perspective sociohistorique. Les trois articles suivants proposent une description dense » Geertz, 2003 des modes de vie zonards aujourd’hui, en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne. Ces modes de vie valorisent une forme d’entre-soi tenté par le détachement vis-à‑vis de la société instituée. Enfin, parce que la zone ne constitue jamais un espace totalement à part, l’ensemble se clôt par une analyse du recours aux dispositifs de l’infra-assistance, incluant la manière dont ce recours s’inscrit dans la construction d’une identité zonarde revendiquée. 6 En finalité, l’objet de ce dossier réside dans les différentes façons de produire ces formes mouvantes de marginalité, dont les frontières indécises fluctuent entre conceptions émiques la perspective des zonards et visions étiques celles de la société instituée et des pouvoirs publics. Plutôt que de réduire le flou dont la notion de zone est empreinte, nous avons donc considéré son caractère labile comme le principal levier d’une approche qui articule espace et histoire ou diachronie et synchronie des usages et des modes de gestion d’une territorialité marginale. Une sociohistoire de la zone, espace de relégation7 La première partie de notre dossier détaille le passage de la figure du zonier à celle du zonard, et donc la progressive modification des territoires de la zone. Cette enquête est ouverte par Anne Granier, laquelle concentre ses efforts sur la période de l’entre-deux-guerres et la microhistoire d’un segment de la zone parisienne situé à Boulogne-sur-Seine. L’auteure s’est consacrée à retracer la généalogie du peuplement comme des conflits qui ont animé cet espace, marqué par l’la intolérance des pouvoirs publics à l’égard de ses occupants. En effet, si les pouvoir publics toléraient l’existence de la zone faute de mieux, par nécessité de loger les plus pauvres d’entre les ouvriers qui ne pouvaient s’acquitter des loyers de Paris intra-muros, ils n’avaient pourtant de cesse de vouloir éliminer le problème social qu’ils constituaient à leurs yeux. La tolérance cédait alors le pas à l’intolérance pour des zoniers constamment en porte-à-faux vis-à‑vis de la loi. Or, les gens sans aveu » n’ont pas témoigné seuls subsistent les propos tenus par ceux – décideurs politiques, représentants de la loi et, plus rarement, petits propriétaires zoniers – qui étaient en charge de l’administration quotidienne de cette enclave partagée entre Paris et banlieue, de même qu’entre reconnaissance partielle et marginalité. C’est donc le quotidien de ce territoire ambivalent qu’Anne Granier s’est efforcée d’exhumer des archives, territoire qui fait moins l’objet d’une répression que d’un abandon surveillé où, tout au long des années 1920 et 1930, les pauvres sont restés dans la visée des pouvoirs publics qui les ont encadrés mollement, les abandonnant le plus souvent à leur sort, dans l’attente de trouver une hypothétique solution à leur indigence. 8 Élargissant la focale historique portée sur la zone de Paris, James Cannon interroge pour sa part la déclinaison historique des labels de dangerosité et d’infamie que la zone a charriés tout au long du xxe siècle. De la Belle Époque aux années 1970, en passant par l’entre-deux-guerres, l’auteur puise dans diverses sources, dont celles de la littérature et de la chanson populaire, pour montrer comment les générations successives de zoniers et de zonards ont incarné différentes versions des classes dangereuses » évoluant aux marges de Paris. Tour à tour perçus comme des révolutionnaires en puissance, des agents de l’étranger et des hommes dépravés voire les trois à la fois, les zoniers ont constitué une figure marginale et le plus souvent criminalisée ; cette criminalisation a suivi diverses inspirations, selon les analystes et leurs sensibilités idéologiques ou religieuses. C’est ainsi que la zone et ses habitants apparaissent comme d’efficaces révélateurs de la manière dont la société française a construit ses figures de l’altérité tout au long du premier xxe siècle. Mais quid des Trente Glorieuses au cours desquelles la zone est effacée par les travaux du périphérique urbain, disparaissant ainsi en tant qu’espace annulaire qui constituait une ceinture de misère autour de Paris ? Avec l’émergence de la figure moderne du zonard au détour de la décennie 1970, James Cannon montre que la zone démantelée en tant qu’espace physique se reconstitue comme style de vie marginal ; un style de vie dont les habitudes et les usages de la ville entrent le plus souvent en contradiction avec les règles, voire les lois en vigueur dans la société instituée. La zone, territoire de résistances ?9 Le texte de James Cannon, qui se termine par cette évocation des zonards de la décennie 1970, fait ainsi la jonction avec la suite du dossier. En retraçant l’ethnobiographie de Gavroche, Jérôme Beauchez engage en effet un dialogue avec un zonard des années 1990 et 2000, dealer de drogues et voyou auto-proclamé, sur le fond d’une anthropologie collaborative [2]. Tandis que le récit de cette expérience de la zone énonce son code du deal et de la rue, le chercheur interroge les significations d’une telle conduite de vie dont il souligne moins la résistance qu’une certaine conformité avec les principes les plus communs du commerce légal et de la société instituée. Gavroche décrit en effet les savoir-faire, comme le savoir-survivre » Zeneidi-Henry, 2002 et les règles qui président à son métier de dealer ; un métier dont l’exercice est articulé aux espaces de la zone dans lesquels il fait figure de patron d’une petite entreprise criminelle centrée sur la maximisation du profit. Les moyens sont ceux des techniques de vente et de management où la violence se justifie par les nécessités d’un marché dont les échanges – petits ou grands – alimentent un véritable capitalisme de la rue. En pénétrant de plain-pied cette zone partagée entre les commerces interlopes les plus cachés et les principes marchands les plus avoués, l’article offre une perspective incarnée sur une manière de vivre et de constituer un territoire dont la marginalité ne signifie aucunement l’opposition radicale ou l’absence de contact avec la société instituée. 10 Une échelle et un mode de description similaires ont été privilégiés par Marcelo Frediani, dont l’enquête ethnographique conduite pendant la première moitié des années 1990 aux côtés des New Travellers en Grande-Bretagne Frediani, 2009 permet d’éclairer la généalogie et le mode de vie de groupes qui ont fortement influencé les générations actuelles de zonards français [3]. L’auteur dresse un portrait de celles et ceux dont il a partagé la vie quotidienne en camion, sur les routes et dans des campements aussi sauvages qu’éphémères ; une vie que l’auteur décrit comme adossée à une culture alternative inspirée d’un syncrétisme d’influences marginales qui vont du mouvement hippie à l’anarcho-punk, en passant par les spiritualités new age, la musique électronique et les free parties [4]. Tout l’enjeu du texte de Marcelo Frediani consiste dès lors à rassembler ces faisceaux d’influences et d’expériences autour de la question du besoin radical » d’espace qui aurait conduit les Travellers à prendre la route. Que l’on ne s’y trompe pas un tel besoin n’est pas aussi trivial qu’un simple appel de la vie au grand air. S’il est radical, c’est justement parce qu’il répond, selon le chercheur, à une nécessité créée par les forces d’éviction du capitalisme néolibéral qui poussent les plus fragiles vers les marges du salariat et de l’habitat conventionnel. Il s’agit alors aussi bien d’échapper à la spirale de l’enfermement dans les logiques du déclassement que de combler ses besoins vitaux – se nourrir, se loger, nouer des rapports sociaux – et de s’engager dans une forme de radicalisme infrapolitique, ou de contre-culture, capable de constituer une alternative à l’éviction. Cette alternative s’exprime au travers des communautés de pratique » que forment les Travellers en s’inscrivant dans des réseaux d’entraide fondés sur un socle de valeurs communes. Elle constitue également une forme de retournement des stigmates qui conduit les évincés à faire de leur éviction un principe de liberté ou, à tout le moins, de réinvention d’un espace du quotidien qui semble reprendre ses droits aux marges de la société instituée [5]. 11 Nombre de parallèles peuvent ainsi être tracés avec la zone de Gavroche décrite par Jérôme Beauchez. Dans les deux cas, l’engagement marginal relève moins d’une opposition que d’une alternative aux fonctionnements socio-économiques marqués par les logiques d’exclusion du capitalisme néolibéral. Tandis que Gavroche s’est contenté de les retourner à son avantage dans les territoires où il s’est comporté en patron de sa petite entreprise criminelle, les Travellers rencontrés par Marcelo Frediani ont pour leur part conçu une critique radicale de ces fonctionnements. Cela étant, pas plus que Gavroche, ils n’envisagent de fonder un mouvement qui aurait pour objet de promouvoir un changement de société. De leur point de vue, il s’agirait plutôt d’échapper à sa violence et de prendre le large, entre soi. 12 Un entre-soi que l’anthropologue et photographe Ralf Marsault a également documenté depuis sa longue expérience des Wagenburgen berlinoises. Celles-ci désignent les rassemblements de caravanes et de camions qui ont commencé à s’établir dans les friches et autres interstices de la ville peu après la chute du Mur à la fin de l’année 1989 Marsault, 2010. Ouverts illégalement, ces espaces où se sont installés Travellers, punks et zonards issus de toute l’Europe avec une majorité de Britanniques et de Français font l’objet d’une certaine tolérance de la part des pouvoirs publics. De tels campements constituent un excursus européen à l’histoire des Travellers retracée par Marcelo Frediani, de même qu’une sorte de pendant germanique et fin de siècle le xxe plutôt que le xixe de la zone parisienne. À l’instar de cette dernière, nombre de Wagenburgen se sont en effet établies sur une ancienne zone militaire non aedificandi celle du no man’s land qui séparait l’Est et l’Ouest de Berlin Marsault, 2010, p. 36. Il n’est pas jusqu’à l’appellation de Wagenburg qui ne garde une connotation martiale, puisque le terme a d’abord désigné une tactique de défense consistant à ériger un mur de chariots » Wagen signifiant le véhicule et Burg l’idée de place forte pour parer les attaques de l’ennemi sur les champs de bataille. De loin en loin, cette idée semble perdurer aujourd’hui parmi les Wagenburger. La plupart conçoivent leur mode de vie à la façon d’une résistance – certes plus passive qu’agressive – impliquant une stratégie de repli qui les préserverait des obligations comme des injonctions à la normalisation. Ralf Marsault se concentre alors sur les constructions qui font la Wagenburg – ses venelles, ses placettes et ses maisons –, et procèdent d’un ensemble de matériaux de récupération que les Wagenburger détournent afin de concevoir une manière originale d’investir leur territoire et de l’habiter. Ce système d’objets est conçu par l’auteur comme la projection au sol des représentations qui animent les habitants. Au-delà d’une simple figure du campement, cette hypothèse lui permet d’observer la Wagenburg comme une tentative de situationnisme sauvage qui n’est pas sans évoquer une version punk de la Nouvelle Babylone imaginée par Constant [6]. Tracer les cartes de significations » d’une subculture marginale13 Outre les convergences déjà relevées, les trois études présentées au point précédent partagent un même intérêt pour ces territoires qui sont le fait d’individus et de groupes évoluant dans ce que Patrick Brunetaux et Daniel Terrolle éd., 2009 ont appelé l’ arrière-cour de la mondialisation ». Depuis l’enracinement subjectif dans la zone de Gavroche jusqu’aux objets qui peuplent le territoire des Wagenburger en passant par le système de valeurs des Travellers, cette arrière-cour a été investie par des enquêtes qui, sans pour autant sacrifier à une forme de romantisme des marges, ont refusé l’essentialisation misérabiliste conduisant à enfermer les pauvres dans leur pauvreté, ou à condamner les déclassés au déclassement. Par la mise en évidence du tout un savoir-survivre – fût-il parfois violent comme dans le cas de Gavroche –, il s’est plutôt agi de souligner l’agentivité alternative [7] dont font preuve celles et ceux qui s’efforcent de construire une échappatoire et d’inventer leurs territoires en marge de la société instituée. Pour autant, celle-ci ne disparaît pas d’un quotidien fait d’évitements, mais aussi de frottements plus ou moins râpeux avec des institutions et des lois censées encadrer celles et ceux qui affichent leur souhait d’y échapper. 14 Ces frottements sont au cœur de l’article signé par Céline Rothé, laquelle nous ramène en France, pour conclure ce dossier par une réflexion sur la façon dont les zonards perçoivent et utilisent les dispositifs d’assistance qui leur sont destinés, en particulier celui d’un accueil de jour dit à bas seuil d’exigence. Ce lieu est pris dans une négociation permanente entre logiques zonardes et relatif effacement des travailleurs sociaux, qui maintiennent toutefois la présence discrète d’un cadre assorti de ses règles. Rien du style de vie des zonards n’est forclos de ce lieu les chiens y ont droit de cité mais en nombre limité, tout comme les substitutifs aux opiacés dont la consommation addictive – comme celle d’autres substances – concerne un nombre conséquent de celles et ceux qui disent avoir choisi la rue. L’idée d’un tel choix, comme ses mises en récit, fournissent à la chercheuse un matériau à partir duquel sont interrogées des conceptions de la mobilité et du territoire qui voudraient renverser la situation de relative assistance dans laquelle la sociologue trouve ses enquêtés. À ce titre, les lieux de l’urgence sociale ne sont pas de simples pourvoyeurs de services de première nécessité ; ils apparaissent avant tout comme des lieux de socialisation zonarde et de requalification symbolique pour les représentants de ces groupes par ailleurs largement disqualifiés. 15 La recherche sur la zone et ses expériences n’en est encore qu’à ses balbutiements. Cette livraison d’Espaces et Sociétés propose une première articulation d’enquêtes à partir desquelles sont retracées quelques-unes des cartes de significations » qu’utilisent les zonards pour s’orienter dans leurs mondes [8]. Situer de tels réseaux de signifiance dans l’histoire et les espaces de la zone nous a conduits à appréhender les différentes façons dont ses acteurs donnent du sens à leurs conduites comme aux styles de vie qu’ils ont privilégiés ; pratiques fondées dans une certaine promotion de la solidarité, mais qui se paye parfois au prix fort de la rue, dont les duretés n’épargnent pas ceux qui disent l’avoir choisie et l’aimer. 16 Si les anthropo-logiques zonardes sont des visions du monde et des solutions pour le vivre, leur compréhension de l’intérieur constitue dans le même temps une condition sine qua non pour établir une base de dialogue capable de faire socle à une véritable rencontre entre le monde des institutions et celui des zonards, lequel ne saurait être réduit à un espace où régnerait l’anomie. Tandis que les communitas qu’ils forment apparaissent au premier regard comme des contre-structures » dont les dérèglements se heurtent aux principes organisateurs de la société instituée Turner, 1990, les enquêtes présentées ici laissent apparaître les multiples points de jonction qui nous rapprochent d’eux. Voici sans doute l’une des questions fondatrices des sciences sociales à laquelle nous confronte l’étude de la zone. Car il en va ici comme de toute production d’altérité, qui soit maximise la dissemblance pour la célébrer ou la condamner, soit insiste sur la ressemblance afin d’annihiler les différences. Plutôt que de la refermer, ce dossier ambitionne de révéler une nouvelle facette de cette question, qu’il ne faut assurément pas cesser d’ouvrir. Notes [1] Atget Eugène, 1913, Zoniers, série de photographies réalisées à Paris entre 1899 et 1913, archivage sur le site internet de la Bibliothèque nationale de France, [url consulté le 14 avril 2017. [2] Beauchez a exposé ailleurs la vision comme les déterminants biographiques de son enquête Beauchez, 2017. Tout comme Tristana Pimor a réfléchi dans les colonnes d’Espaces et Sociétés à ces formes de symétrie dans l’investigation qu’elle a coconstruite avec un groupe de zonards Pimor, 2016. [3] Sur le même sujet, voir également l’ouvrage pionnier de Kevin Hetherington 2000 ou les photographies publiées par Traveller Dave Fawcett, qui a mis en images sa communauté nomade et leurs façons d’habiter en perpétuel voyage Fawcett, 2012. [4] Il s’agit de fêtes techno tenues en plein air, le plus souvent sans autorisation et, donc, sur des terrains ou des champs squattés pour l’occasion. [5] Cette importance de la réappropriation d’un territoire en tant qu’ancrage d’une identité positive – et non plus seulement définie par la négativité du défaut ou du manque – a été soulignée par Emmanuel Renault et Djemila Zeneidi à partir de l’enquête que celle-ci a menée pendant plusieurs années dans une friche industrielle transformée en scène artistique anarcho-punk Renault et Zeneidi-Henry, 2008. [6] New Babylon est une utopie architecturale pensée par Constant Nieuwenhuys, un artiste néerlandais fondateur du mouvement Cobra et compagnon de route de l’Internationale situationniste. L’idée fondatrice de la Nouvelle Babylone – à laquelle Constant a travaillé de 1956 à 1974, influençant toute une génération d’architectes et d’urbanistes – est que les relations sociales doivent être au principe de l’édification spatiale d’une ville nomade, entièrement montée sur pilotis et dont les configurations sont conçues comme perpétuellement mouvantes les bâtiments sont modulables au gré des situations que créent les habitants à propos de l’œuvre de Constant, voir Zegher et Wigley éd., 2001. [7] Ou de documenter les compétences précaires », qui désignent les multiples savoir-faire et savoir-être, inégalement protecteurs, acquis au cours de l’expérience de la précarité par les acteurs sociaux disposant de faibles ressources économiques, sociales et symboliques Bouillon, 2009, p. 203-213. [8] Au sens où Stuart Hall et Tony Jefferson ont écrit que les cartes de signification » maps of meaning consistent dans les aspects d’une subculture à partir desquels ses membres dessinent l’intelligibilité de leur environnement quotidien Hall et Jefferson éd., 2006, p. 4. Une sociohistoire de la zone, espace de relégationLa zone, territoire de résistances ?Tracer les cartes de significations » d’une subculture marginale Références bibliographiquesAngeras Anaïs, 2012, Du nomadisme contemporain en France. Avec les saisonniers agricoles en camion, ouvrage ligneBeauchez Jérôme, 2017, L’ethnographe dans le sous-terrain fragments biographiques », Anthropologica, vol. 59, no 1, p. 101-113. En ligneBouillon Florence, 2009, Les mondes du squat. Anthropologie d’un habitat précaire, Paris, Presses universitaires de Patrick et Terrolle Daniel éd., 2010, L’arrière-cour de la mondialisation. Ethnographie des paupérisés, Brignais, Les Éditions du Louis, 2002 [1958], Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du xixe siècle, Paris, François, 2004 [1996], Les nomades du vide. Des jeunes en errance, de squats en festivals, de gares en lieux d’accueil, Paris, La Traveller Dave, 2012, Traveller Homes, Stroud, Amberley Marcelo, 2009, Sur les routes. Le phénomène des New Travellers, Paris, Éditions ligneGarland David, 2001, The Culture of Control. Crime and Social Order in Contemporary Society, Chicago, University of Chicago Clifford, 2003 [1973], La description dense. Vers une théorie interprétative de la culture », L’Enquête de terrain, D. Cefaï éd., Paris, La Découverte, p. Stuart et Jefferson Tony éd., 2006 [1976], Resistance through Rituals. Youth Subcultures in Post-War Britain, Londres-New York, Kevin, 2000, New Age Travellers. Vanloads of Uproarious Humanity, Londres-New York, Cassell. En ligneHurtubise Roch et Vatz Laaroussi Michèle, 2002, Réseaux, stratégies et compétences pour une analyse des dynamiques sociales à l’œuvre chez les jeunes de la rue », L’homme et la société, no 143-144, p. ligneLaberge Danielle et Roy Shirley éd., 1996, dossier Jeunes en difficulté de l’exclusion vers l’itinérance », Cahiers de recherche sociologique, no Georges, 1928, La Zone. Au pays des chiffonniers, court métrage muet, 28’, Paris, Les Films Charles Dullin. En ligneLanglois Emmanuel, 2014, De l’inconvénient de n’être le problème de personne cécité institutionnelle et vulnérabilité sociale des jeunes en errance », Pensée plurielle, no 35, p. Ralf, 2010, Résistance à l’effacement. Nature de l’espace et temporalité de la présence sur les Wagenburgs de Berlin entre 1990 et 1996, Dijon, Les Presses du Michel, 2002, La rue attractive. Parcours et pratiques identitaires des jeunes de la rue, Sainte Foy, Presses de l’université du Québec. 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Aujourdhui, selon l'Association nationale des directeurs d'écoles d'art (ANDEA), 90 % des jeunes artistes de la scène française sont issus des écoles supérieures d'art. 85 % des jeunes diplômés trouvent un emploi en relation avec l'art, tandis que seuls 5 à 10 % peuvent en vivre. Le paysage des écoles d'art évolue.
Par Teresa Maranzano, historienne de l’art, responsable du programme Mir’Arts, ASA – Handicap mental, Genève En 2008, une enquête menée dans les cantons romands avait dressé un inventaire des pratiques artistiques développées dans les institutions et par des associations. Ces diverses expériences manquaient de visibilité et n’étaient pas reliées entre elles. C’est pour créer ce lien que le programme Mir’Arts a alors été lancé par ASA – Handicap mental, association qui œuvre pour la participation sociale des personnes avec un handicap mental et le respect de leurs droits. Ce programme a mis en réseau plusieurs ateliers d’arts plastiques et a sélectionné une trentaine d’artistes sur la base de critères qui constituent aujourd’hui encore les conditions pour être intégré à la démarche Avoir une large production, un style original et une pratique constante dans le temps Avoir envie d’exposer ses œuvres Travailler dans un espace bien équipé, avec des matériaux de qualité Être accompagné par un professionnel du monde de l’art, autant dans le processus de création que dans la diffusion de ses œuvres. Le programme a pour objectifs de promouvoir et diffuser les œuvres de ces artistes dans le milieu de l’art contemporain, en encourageant leur reconnaissance artistique et leur participation sociale et culturelle. Quels droits et quelle formation ? Pour élaborer les objectifs, une commission composée de huit professionnels a travaillé entre 2010 et 2014 autour de trois axes les enjeux juridiques et éthiques du statut d’artiste des personnes en situation de handicap, la législation relative aux droits des auteurs, la formation adaptée à ces derniers et la formation des professionnelles qui les accompagnent. Ce travail de précurseur s’est fait à travers des rencontres permettant l’échange d’informations, de compétences, d’expériences et de réflexions. Dans un deuxième temps, la commission a convié experts et personnes concernées à se pencher sur ces sujets et à partager les résultats de leurs recherches, notamment autour de deux colloques et d’une publication collective [1]. L’aboutissement de ce long chantier a été la rédaction d’une Charte des valeurs [2], signée par les partenaires, et d’une Convention visant à protéger les droits des artistes en situation de handicap et à préciser les prestations qui leur sont offertes par les ateliers et les organismes où ils et elles travaillent. Ces documents-cadres constituent le socle qui permet aujourd’hui à Mir’arts de représenter une trentaine d’artistes en situation de handicap de manière professionnelle, en tenant compte de leur statut juridique et social. Ce travail s’intègre dans les mesures envisagées par les politiques culturelles pour garantir une égalité de chances dans la participation à la vie artistique, conformément à l’article 30 al. 2 de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées Les Etats Parties prennent toutes mesures appropriées pour donner aux personnes handicapées la possibilité de développer et de réaliser leur potentiel créatif, artistique et intellectuel, non seulement dans leur propre intérêt, mais aussi pour l’enrichissement de la société. » Les artistes représentés bénéficient d’une page sur le site internet du programme [3] qui décrit leur parcours et leur démarche. Leurs œuvres défilent dans une galerie d’images et sont présentées par un critique d’art. Le programme joue également le rôle d’interface entre les artistes, les responsables des ateliers et les institutions culturelles. Les prestations fournies aux artistes vont du simple conseil à un suivi plus soutenu. Il s’agit en général d’un support dans l’organisation, la communication et la diffusion de leurs expositions. Souvent aussi, le rôle devient comparable à celui d’un agent qui conçoit l’entier de l’exposition. Cette activité de management s’explique par le fait que les artistes en situation de handicap n’ont pas les compétences spécifiques, les moyens ou les réseaux nécessaires à la diffusion de leurs œuvres. Bien souvent, les professionnels qui les accompagnent en atelier n’ont pas de temps pour ce travail, ou alors ils préfèrent se concentrer sur les processus de création. Dès lors, ils délèguent volontiers à des tiers la tâche d’inscrire les œuvres des artistes dans un contexte culturel. Les défis de l’art contemporain Les artistes représentés par Mir’arts créent pour exprimer leur univers poétique ; leur style est très personnel et ils ignorent les tendances de l’art contemporain. Toutefois, ils ne sont pas pour autant coupés du monde. Au contraire, ils tirent parti de la position décentrée qu’ils occupent dans la société autant que dans le milieu de l’art, normé et compétitif, pour livrer un regard acéré, drôle ou ironique sur les questions de notre époque, sans complexes ni inhibitions. Leurs œuvres témoignent d’une liberté décapante qui leur permet de tenir la confrontation avec celles de leurs confrères. D’ailleurs, l’art contemporain s’ouvre de plus en plus à des formes artistiques qui se développent en marge de ses centres de production. La circulation exponentielle des images à l’ère d’internet et des résaux virtuels a fini par abattre les hiérarchies qui séparaient la culture d’élite de la culture populaire, alternative ou underground. La manière de considérer les images et les œuvres d’art est aujourd’hui beaucoup plus horizontale que dans le passé. Ces formes d’art éversives par rapport à l’establishment sont même recherchées, car elles permettent à l’art contemporain d’évoluer en dehors d’un circuit fermé et autoréférentiel. Le rôle du programme Mir’Arts consiste alors à identifier, pour chaque artiste, le contexte le plus favorable à la mise en valeur de son travail dans le paysage large et mouvant de la création contemporaine. Il s’agit par exemple d’attirer l’attention des spécialistes sur leurs œuvres, de les présenter au public et aux médias dans un cadre professionnel, ou de susciter dialogues et synergies entre les productions d’artistes en situation de handicap et celles d’artistes valides». Plusieurs expositions ont atteint ces objectifs. On peut rappeler Dix sur Dix » 2015 au Commun - Bâtiment d’art contemporain de Genève, où dix artistes étaient présentés par dix professionnels du monde de l’art. Ou les deux expositions Ricochet » réalisées en collaboration avec Nicole Reimann à ET-Espace Témoin 2017 et au CACY 2018, où les œuvres d’artistes du programme ainsi que d’autres artistes en situation de handicap étaient mises en dialogue avec celles de deux collections publiques respectivement le Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève et le Fonds d’art visuel de la Ville d’Yverdon-les-Bains. Un des résultats de cette rencontre a été l’acquisition, par le Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève, d’une œuvre d’Alexandre Baumgartner et de quatre œuvres de Sabrina Renlund. Une vraie consécration pour ces deux artistes, actifs depuis plus de dix ans à l’atelier du Foyer Clair Bois-Pinchat ! Portraits d’artistes Sabrina Renlund, Flan sensible, 2014, technique mixte sur toile, cm30x30. Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève Sabrina Renlund vit dans l'aujourd'hui. Pas de recours créatif à un monde fantasmatique où elle se réfugierait. Non, elle subit le monde et ses soubresauts. En véritable sismographe émotionnel, elle synthétise avec un langage post-pop, flashy et diablement efficace les malaises – les siens, les nôtres – inhérents à notre époque ainsi qu'à nos démons universels. Il y a chez cette artiste la verve insoumise d'une personnalité à vif qui ne s'en laisse pas conter; c'est elle qui raconte les grincements de l'état du monde et du sien. Pas de résignation pour Sabrina, de l'indignation, toujours, colorée, sonore et généreuse.» Florence Grivel, journaliste RTS, in Catalogue de l'exposition Dix sur Dix, 2015 David Jacot, Sans titre, 2015, aquarelle, cm 42x31 Avec délicatesse et une curiosité respectueuse, David Jacot explore l'éternel féminin en restituant à chacun de ses dessins une identité propre qui brise l'uniformisation de la mode véhiculée par les médias. Chaque personnage est unique, exhibant fièrement ses attributs sexuels dans des poses parfois improbables ou interagissant avec d'autres figures. Mais l'érotisme omniprésent n'est jamais vulgaire et devient même mutin et espiègle, tandis que les imperfections dont il dote ces femmes les rendent profondément humaines et ancrées dans des histoires uniques.» Nicole Kunz, directrice de la Galerie Ferme de la Chapelle, Lancy, in Catalogue de l’exposition Féminin pluriel », 2017 Markus Wittekind, Sans titre, 2018. Pastel à l'huile sur papier, cm 40x50 La figure de l’enfant est au cœur des dessins de Markus Wittekind. Ici, des silhouettes s’enchainent, tracées d’un trait farouche au pastel ou à l’acrylique. Rarement isolés, défilant le plus souvent en cortège par deux ou par trois, ou alors couchés le long des marges, ces êtres muets s’affichent de manière frontale et nous regardent depuis un espace intemporel. La pratique artistique de Markus Wittekind s’apparente aussi à un jeu d’enfant, avec le plaisir à chaque fois renouvelé de créer le même personnage à l’infini, en variant les supports, les formats, la technique et les couleurs avec la maîtrise de l’adulte. Comme le jeu, cette activité n’a pas une finalité en soi mais elle a du sens pour son auteur. Elle dégage une énergie physique de par le corps à corps qu’il engage avec les matériaux, et le transporte dans un temps suspendu où il aime se perdre pour ensuite se retrouver.» Teresa Maranzano, exposition Je grandirai demain », 2018, Villa Dutoit, Petit-Saconnex Isabelle Gay, Sans titre, 2015. Feutres et acrylique sur papier, cm 37x45 Dans ces représentations presque abstraites, Isabelle Gay noue son rapport au monde car ses dessins sont totalement habités. C'est entre les lignes que se concentrent les souvenirs proches et lointains de l'artiste. De ce monde invisible, elle en extrait certaines traces lisibles qui se matérialisent sous forme d'écriture; quelques prénoms de personnes qu'elle aime et le sien qu'elle lie ainsi aux autres. [...] Des éléments d'architecture de maisons s'intègrent naturellement aux structures linéaires tout en marquant l'importance des lieux qu'elle a connus, bribes du monde réel qui mettent en évidence la tension subtile entre ce qui se voit et ce que l'on ne voit pas mais qui se dessine tout de même.» Pascale Favre, artiste, in Catalogue de l'exposition Dix sur Dix, 2015 Dragan Stanic, Des échelles, 2019. Aquarelle et encre de Chine sur papier Un grand cartable ouvert. Dedans, pêle-mêle, probablement une centaine d'esquisses et d’œuvres de Dragan Stanic. Il ne faut pas chercher l'unité ni dans les formats ou les supports qu'il utilise, ni dans les techniques auxquelles il s'essaie tout est matière à explorer pour ce jeune artiste de 37 ans originaire de Bosnie-Herzégovine. [...] Au rythme de l'exploration de sa production, on est immergé dans ce monde fascinant et contrasté et l'on découvre ainsi certaines œuvres d'une force saisissante et d'une incroyable beauté. On le quitte, bouleversé.» Michèle Freiburghaus, conseillère culturelle, Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève, in Catalogue de l'exposition Dix sur Dix, 2015 Bernard Grandgirard, Sans titre, sans date. Crayon gris et crayons de couleur sur papier Bernard Grandgirard partira vivre un jour dans le Grand Nord. Né à Fribourg en 1957, fasciné par l'Amérique du Nord, il a déjà réalisé trois voyages aux États-Unis. Mais il rêve de s'installer à l'âge de la retraite dans une cabane au Canada. En attendant ce futur, il construit son rêve, lui donne du sens et du corps par le biais d'images qu'il dessine avec obstination depuis des années. Des maisons cossues à la Edward Hopper aux réseaux ferroviaires imbriqués dans le tissu urbain, on découvre ici des sémaphores suspendus au-dessus d'un carrefour, là une station-service de la route 66, ici encore des aires de saloon et enfin là des portraits – pour ainsi dire – de camions dessinés sous différents angles, dans différentes situations, saisis à différentes vitesses. [...] L’artiste nous embarque dans un road-movie traduit par des perspectives vertigineuses, dont le but est, rappelons-le, de trouver un jour le calme au milieu d'une nature canadienne.» Karine Tissot, directrice du CACY - Centre d'art contemporain d'Yverdon-les-Bains, in Catalogue de l'exposition Dix sur Dix, 2015 [1] Colloque L’art en question. Processus d’inclusion culturelle des artistes avec handicap mental ». Théâtre du Loup, Genève, le 6 juin 2013. Colloque La reconnaissance de l’artiste en situation de handicap rôles et responsabilités ». HEP Vaud, Lausanne, le 5 juin 2014. La reconnaissance de l’artiste en situation de handicap. Rôles et responsabilités ». Sous la direction de Teresa Maranzano et Viviane Guerdan. ASA-Handicap mental, 2016. Disponible en ligne [2] La Charte en ligne
Lephotographe Antoine Bruy est parti à la rencontre de ceux qui ont choisi de vivre en marge des villes et de leurs fracas. C’est autant une série de portraits que le carnet de bord d’une
La résistance aux règles académiques de l’Académie des beaux-arts 1 G. Monnier, L’Art et ses institutions en France, De la révolution à nos jours, p. 61. 1Les artistes de la fin du xixe siècle les plus avancés, précurseurs d’un art qui s’interroge sur lui-même, sur sa nature, son rôle et sa destination, sont liés au concept de modernité qui émerge, dès 1850, pour désigner les grands changements survenus après les révolutions technique et industrielle. La modernité est alors perçue, par les théoriciens d’une avant-garde balbutiante, comme la manifestation d’un mode de pensée, de vie et de création, basé sur le changement, et non plus sur les traditions anciennes d’une institution. L’Académie des beaux-arts, membre de l’Institut de France, créée le 21 mars 1816, entend, en effet, perpétuer les principes esthétiques des Académies royales de peinture et de sculpture fondées à Paris en 1648. Sous son égide, les écoles d’art dispensent aux élèves une formation scientifique géométrie, anatomie et perspective et humaine histoire et philosophie, et leur enseignent les techniques et les savoir-faire nécessaires à l’élaboration d’une œuvre. Elles transmettent les diktats d’une culture classique, attachée à la recherche de l’idéal du beau et de l’essence éternelle des choses, que les artistes suivent pour produire l’art des salons officiels, obtenir des commandes publiques, et s’attirer les faveurs d’une clientèle fortunée1. 2En 1863, toutefois, un vent de révolte souffle chez les artistes parisiens, car le jury du Salon de peinture et de sculpture, désigné par les membres de l’Académie, refuse plus de 3 000 œuvres sur les 5 000 envoyées à l’institution. Les postulants exclus, dont Antoine Chintreuil 1814-1873 ou Édouard Manet 1832-1883, critiquent vigoureusement l’intransigeance des membres du jury du Salon et réclament un lieu d’exposition pour montrer leurs œuvres au public parisien. Informé du conflit, l’Empereur Napoléon III décide de financer une exposition des Refusés », qui doit se tenir au Palais de l’Industrie à Paris. Cet évènement obtient un certain succès, malgré la polémique née de la présentation d’un tableau provocateur, Le Déjeuner sur l’herbe de Manet, qui met sur le devant de la scène la question de l’émancipation des peintres. 3De ce fait, trop conscients des limites qui leur sont imposées, nombre d’artistes décident de se former dans des ateliers privés, dont l’enseignement est moins conventionnel que celui des Beaux-Arts, dans le but d’affirmer leur talent. C’est le cas du jeune Paul Cézanne, qui a échoué au concours d’entrée de l’École des beaux-arts de Paris, en 1861, en raison d’un tempérament coloriste jugé excessif, et qui va suivre les cours de l’Académie de Charles Suisse, en 1862, où il rencontre Alfred Sisley 1839-1899, Camille Pissarro 1830-1903, Claude Monet 1840-1926 et Auguste Renoir 1841-1919. Ces derniers refusent les règles académiques et veulent baser les principes de leur création sur leur sensibilité, s’emparer de sujets déclarés jusqu’alors triviaux. Enfin, ils s’intéressent à la nature d’une façon plus libre que leurs aînés, cherchant à transcrire les variations de la lumière, la fluidité des formes, pour animer leurs tableaux, suivant les postulats des peintres installés à Barbizon, à partir de 1850. Paul Cézanne 1839-1906, face à la Sainte-Victoire, contre l’art des bourgeois 4Pour donner plus de force à son travail, Cézanne écarte les teintes sombres et les nuances trop lisses, façonne un modelé qui lui est propre, constitué de touches divisées, susceptibles de traduire la richesse de sa perception, comme de révéler les aspects les plus secrets de la nature. Une peinture jaillie de l’intérieur, stimulante, celle des tripes », totalement désavouée par l’Académie des beaux-arts, voit ainsi le jour. Paul Cézanne cherche, à tâtons, un art solide, équilibré, structuré, porteurs de valeurs stables, universelles. Des années s’écoulent avant que le style cézanien ne s’affirme. Certes, l’artiste a toujours recours aux lois plastiques qui sous-tendent toute œuvre d’art, comme la loi de contraste des formes et des couleurs, la loi de composition et de représentation du sujet, mais il veut les utiliser autrement pour découvrir la vraie nature de la peinture et lui conférer une structure durable. Cézanne côtoie Pissarro et Armand Guillaumin 1841-1927 et participe, le 27 décembre 1873, à la fondation de la Société anonyme coopérative des artistes-peintres avec Edgar Degas 1834-1917, Monet et Renoir. Lors de la première exposition impressionniste de 1874, chez le photographe Nadar 1829-1910, le public réserve un accueil peu encourageant, voire scandalisé, aux toiles de Cézanne qui, dès lors, déserte de plus en plus souvent la capitale. 5À partir de 1876, il se réfugie dans le Midi, et séjourne à L’Estaque, petit port environné d’une nature encore préservée, où il peint des tableaux pour son ami Victor Chocquet 1821-1891. Ainsi, la plupart des œuvres qui sont montrées à la troisième manifestation du groupe impressionniste, en 1877, ont été exécutées à L’Estaque. Le public est toujours hostile à l’art de Cézanne, jugé malhabile, brutal, mais l’artiste s’obstine dans ses recherches. À Paris, il peint un portrait, qui, plus tard, sera considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvre, Madame Cézanne à la robe bleue, qui détonne par une gamme de tons bleus très poussée, mais aussi par une déclinaison de verts remarquables. Cézanne se voit comme l’artisan d’un art nouveau qui rejette toute convention bourgeoise, toute concession aux effets » à la mode, et c’est dans une tenue d’ouvrier, cotte bleue et veste de toile blanche couverte de taches de peinture, qu’il travaille. En 1881 et 1882, l’artiste s’installe avec sa famille, à Pontoise, près de Pissarro, avec lequel il découvre les nouvelles théories de la couleur, celles du chimiste français Eugène-Michel Chevreul 1786-1889 et du physicien américain Ogden Rood 1831-1902, qui nourrissent sa réflexion. Cette même année, il est admis au Salon, se déclarant l’élève d’Antoine Guillemet 1841-1918 de l’école de Barbizon, mais il poursuit sa quête, de plus en plus solitaire. Il peint, désormais, en appliquant des touches juxtaposées, et accentue la technique du clair-obscur pour obtenir des effets descriptifs forts sur ses toiles. Les paysages sont construits par plans successifs, suivant une perspective aérienne, déjà utilisée par les impressionnistes, et constitués d’une succession de traits et de lignes disjointes, qui décrivent de façon de plus en plus synthétique les objets ou les figures. En 1883, Cézanne en sait assez pour suivre, seul, son chemin, et il décide de rentrer chez lui, en Provence, pour pousser plus loin ses investigations, dans l’atelier de la demeure familiale. L’artiste développe sa technique en travaillant essentiellement sur le motif pour saisir la beauté des paysages nimbés de soleil et transcrire le sens profond de leur nature. Viscéralement attaché à ses racines, il aime étudier sans relâche ses sujets, en pleine campagne, dans la solitude des paysages méditerranéens d’une austère beauté, près des carrières de Bibémus, du château de Vauvenargues ou dans le village du Tholonet. 2 A. Lhote, Catalogue de l’exposition L’influence de Cézanne, 1908-1911, 1947, p. 5. 6En 1886, l’artiste s’installe pour un an, à Gardanne, avec sa famille, où il commence une série de peintures sur la Sainte-Victoire qu’il représente comme sujet à part entière, et de façon récurrente, dans plus de quatre-vingts œuvres, développant un style de plus en plus épuré. La montagne provençale, rattachée dans son histoire géologique, aussi bien à l’ancienne chaîne pyrénéenne, qu’à celle des Alpes occidentales, devient le cadre d’un laboratoire de recherche. Il ne s’agit pas, pour Cézanne, de s’épancher sur une nature complice », mais de capter ses qualités intrinsèques, son pouvoir à exprimer une énergie, à stimuler l’imaginaire, pour la transcender. La tradition académique considère alors l’observation personnelle et sensible de la nature comme inférieure à l’expérience intellectuelle, alors qu’elle permet aux premiers artistes de l’art moderne de trouver un support d’expression solide et varié2. 7La peinture de Cézanne suscite jusqu’en 1887, à Paris, les railleries de détracteurs qui parlent de visions cauchemardesques » et autres atrocités à l’huile ». Puis, grâce aux collectionneurs éclairés et à des critiques indépendants, grâce au soutien de marchands d’art comme Ambroise Vollard 1866-1939 et Durand-Ruel 1831-1922, elle finit par obtenir un vrai succès. En 1888, une série d’articles mentionnent son œuvre en termes flatteurs et il est admis à l’exposition de l’Art français pour l’Exposition universelle de Paris de 1889. Cézanne commence à être reconnu et apprécié pour son audace picturale, la solidité de ses compositions, enfin, sa touche incomparable. Il peut, dès lors, vivre de son art, mais il est déjà malade, et effectue des cures pour se soigner. En 1906, alors qu’il est installé sur le motif, l’artiste prend froid et contracte une pneumonie, dont il ne se remet pas. Il meurt le 22 octobre, chez lui, en Provence. 8À Paris, le monde de l’art est en deuil et lui rend hommage en organisant, au Grand Palais, pour le Salon d’automne de 1907, une grande rétrospective de ses œuvres. Le public découvre ses baigneuses, ses natures mortes, ses portraits, ainsi que les paysages de la Sainte-Victoire, et salue le talent et la ténacité du peintre. Pour tous, il est clair, qu’après Cézanne, l’art ne sera plus le même car l’héritage pictural que le maître d’Aix transmet, met à rude épreuve ses anciens fondements. La montagne Sainte-Victoire devient, dès lors, l’emblème de la volonté de l’artiste, tout debout contre l’ordre établi, de rénover l’art, car elle a été le refuge de celui qui, en marge d’une société étriquée et des dogmes de l’Académie des beaux-arts, a voulu se modifier lui-même, en profondeur, pour découvrir la vérité de la peinture. Henri Matisse 1869-1954, les fauves à Collioure de la dynamite au pied des Albères 9En 1905, Henri Matisse 1869-1954, lui aussi, cherche la tranquillité, près de la montagne, pour entamer une longue méditation sur la couleur et s’affranchir des postulats de la peinture académique, encore pesants, malgré les défis lancés par les peintres postimpressionnistes, dans des toiles-manifeste. Matisse éprouve bien des difficultés à exprimer son propre tempérament de peintre et à se libérer du cadre, encore rigide, des enseignements qu’il a reçus. Tout d’abord, à Bohain, dans le Nord, puis à l’École des Arts Décoratifs de Paris, enfin, en 1895, à l’École des beaux-arts, dans l’atelier de Gustave Moreau 1826-1898. Le maître symboliste encourage ses élèves à penser leur peinture, à la rêver, au-delà d’une virtuosité technique, à dépasser leurs propres limites. Toutefois, après son apprentissage, Matisse décide de suivre les cours de l’Académie de la Grande Chaumière, dans l’atelier d’Eugène Carrière 1849-1906, où il rencontre André Derain 1880-1954, qui lui présente Maurice de Vlaminck 1876-1958. Tous entretiennent une passion pour la peinture cézanienne. 10L’artiste est déjà un peintre reconnu lorsqu’il arrive à Collioure. En effet, en 1896, ses toiles ont été exposées au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, dont il est devenu membre associé, sur proposition de Pierre Puvis de Chavannes 1824-1898. Cette fonction lui a permis de montrer, sans passer par un jury, un art expressif, qui s’inscrit dans l’air du temps. Matisse s’intéresse, en effet, à la peinture de son époque les impressionnistes, qu’il découvre au musée du Luxembourg en 1897, et les pointillistes qui exercent une grande influence sur son travail, grâce au traité du peintre Paul Signac 1863-1935 de 1899, D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme. Les œuvres qu’il présente au Salon des indépendants de 1901, puis à la première édition du Salon d’automne de 1903, en témoignent, tout comme celles qui figurent chez Vollard, lors de la première exposition que le marchand consacre à l’artiste en 1904. L’été suivant, à Collioure, Matisse trouve le cadre idéal pour mener ses recherches la mer, face à lui, juste à quelques mètres de la maison de pêcheur qu’il a louée, et la montagne, la chaîne majestueuse des Albères, enserrant le petit port, offrent un spectacle stimulant. Les rochers, les collines, les bateaux, les petites chapelles environnantes, constituent des sujets de choix, qu’il traite avec talent. 11Rejoint par le jeune André Derain durant l’été, qui arrive avec de nouvelles idées, il s’attelle à l’élaboration d’un langage original, qui va peu à peu se démarquer de la peinture pointilliste qu’il a pratiquée, l’été précédent, aux côtés de Paul Signac, à Saint-Tropez. Les artistes exécutent ainsi, grâce à une collaboration quotidienne, des œuvres emplies de soleil, aux forts contrastes, dynamisant des plans de couleur pure, qui feront sensation au Salon d’automne de Paris, en 1905, dans la cage aux Fauves. Le travail novateur de Matisse, développé dans des toiles telles que La femme au chapeau, ou Intérieur à Collioure, aboutissant à la disparition des références au réel, par la déformation des lignes et l’élaboration de plans de plus en plus autonomes, rompt avec les conventions classiques de représentation. Matisse propose une peinture qui entame le concept de l’art comme esthétique plaisante, loin d’un idéal de beauté préétabli, dans des compositions régies par l’émotion. Près de la montagne, il parvient à redéfinir l’acte pictural, en harmonisant ses sentiments à d’autres systèmes de représentation. Aux côtés de Derain, véritable théoricien de la couleur, il est plus réceptif au fait plastique pur et s’engage dans une nouvelle voie chromatique. 3 P. Schneider, Matisse, p. 45. 12Grâce à une réflexion poussée, les artistes ordonnent et équilibrent des zones de couleurs franches, parfois explosives, comme de la dynamite, dans leurs toiles, renonçant aux lois classiques de l’optique. Ils parviennent à accroître la conscience de la réalité matérielle du tableau pour demeurer au plus près de la vie immédiate d’un monde lumineux, fort et dense. Les peintres parisiens abandonnent le ton local pour passer aux tons non réalistes, en ayant recours aux aplats, et mettent fin à la peinture illusionniste. Le sujet est traité comme un instantané, et s’impose dans une vision lyrique du monde avec une sensibilité qui n’exclut pas la dissonance. Tout un système d’équivalence triomphe du chaos lumineux et permet de restituer l’essence de chaque chose. L’acte pictural se charge d’une spiritualité nourrie par la matière et la couleur, fruit d’une méditation éclairée sur le monde. L’artiste effectue plusieurs séjours fructueux à Collioure jusqu’à la guerre, où il rencontre le sculpteur Maillol travaillant non loin, à Banuyls-sur-Mer3. Cézanne recommandait aux artistes d’aiguiser leur vision face à la nature et d’observer les moindres détails avec leur propre sensibilité, afin que la peinture demeure un art vivant, qu’elle ne décline pas en se perdant dans la peinture des générations précédentes. Tel fut le but de Matisse, mais aussi celui de Picasso, tout au long des divers séjours qu’il effectua près de la montagne, milieu naturel riche et poétique, qui allait inspirer le peintre et l’amener vers le cubisme. Pablo Picasso 1881-1973, la naissance d’un cubisme radical dans les Pyrénées 13Pour les artistes en quête d’authenticité, comme Cézanne, puis Matisse, la montagne constitua en effet, un ancrage moral et esthétique face aux préceptes dominants des anciennes académies, et devint le symbole de leur résistance aux institutions. Ce fut le cas, aussi, au tout début du siècle, pour le peintre Pablo Picasso, qui remit en cause l’enseignement des écoles, dès qu’il eut conscience de leurs limites et effectua plusieurs séjours près des montagnes. Fils d’un professeur d’art, Picasso reçut une formation artistique classique dès son enfance, avant de suivre, en 1896, les cours de l’école des beaux-arts de Barcelone, puis ceux de la Llonja, où son père enseignait. L’année suivante, à seize ans, il réussit le concours d’entrée de l’Académie royale de San Fernando, et fut admis à l’école des beaux-arts de Madrid, la plus prestigieuse d’Espagne, où bien des artistes renommés avaient séjourné. Toutefois, le jeune homme ne poursuivit pas son enseignement à San Fernando, qu’il trouvait trop contraignant, et qui ne lui permettait pas de suivre son propre tempérament. 14Aussi, retourna-t-il à Barcelone, en 1898, pour travailler seul, mais il tomba malade. Il effectua sa convalescence à Horta de Sant Joan, le village de son ami Manuel Pallarès 1876-1974, situé près de la ville de Tarragone, où il partagea la vie des paysans. Ce séjour de quelques mois fut, pour l’artiste, une véritable révélation. La présence de la montagne, la Santa Barbara, le contact quotidien avec la nature, et un mode de vie campagnard, rustique, l’enthousiasma. Des visions puissantes, capables de nourrir son imaginaire, stimulèrent sa création, pendant de longues années. Plus tard, l’artiste se plaira à répéter 4 R. Maillard et F. Elgar, Picasso, étude de l’œuvre et étude biographique, p. 3. Tout ce que je sais, je l’ai appris dans le village de » 15En avril 1899, de retour à Barcelone, Picasso, fréquente le cabaret Els Quatre Gats, lieu de convivialité bohème, où les artistes peuvent exposer leurs œuvres, échanger leurs points de vue sur l’art. Là, il retrouve Miguel Utrillo 1883-1955, Carlos Casagemas 1880-1901, Ricardo Opisso 1880-1966, Julio Gonzalez 1876-1942, se lie d’amitié avec le poète Jaime Sabartès 1881-1968 qui deviendra son secrétaire particulier et expose quelques œuvres en 1900. 16Picasso, aimait le pays de sa jeunesse, la Catalogne, mais il savait que ce serait une chance de le quitter pour parfaire sa formation et étudier les grands maîtres de la peinture à Paris, destination obligatoire pour tout peintre qui avait de l’ambition. Plusieurs séjours dans la capitale l’aidèrent à préciser son orientation et ses choix esthétiques. À la période bleue, triste et dure, succéda la période rose, nostalgique et déliquescente, qui trouva un public de connaisseurs et d’amateurs, le succès fut vite au rendez-vous. Cependant, pour faire partie des maîtres les plus doués de sa génération, l’artiste devait élaborer un nouveau langage et la tâche était ardue. En 1905, il fut chargé de faire le portrait de Gertrude Stein 1874-1946, une poétesse américaine qui soutenait le jeune Catalan et il lui fallait se démarquer de son principal rival, Matisse, pour satisfaire son mécène. Pour se lancer dans de nouvelles expérimentations, il chercha à regagner son pays afin de s’immerger dans un monde qui l’avait fortement inspiré, quelques années auparavant, celui de la montagne, et aller au-delà de ce que les écoles lui avaient appris. 17Picasso partageait avec Matisse, Derain, Georges Braque 1882-1963 et d’autres artistes de sa génération, un vif sentiment d’admiration pour Cézanne et son œuvre. Il voulait, comme lui, rester au contact de son pays natal, pour se fortifier et progresser. À l’instar du maître d’Aix, il éprouvait ce sentiment qu’ont les Méditerranéens que leur terre est celle des dieux, où sont nées les grandes mythologies, et qu’elle constitue pour les créateurs une source d’inspiration inépuisable. Comme Cézanne, il pensait qu’il fallait s’éloigner du monde artistique parisien pour s’imprégner d’une nature non domestiquée par l’homme, afin de révéler la vérité de la peinture. 18Pour rénover son art, Picasso effectue alors, durant l’été 1906, un séjour en Catalogne, dans un village de montagne très retiré, accessible uniquement à dos de mulet, nommé Gósol. Le massif de Pedraforca, qui ferme de façon imposante la perspective de la petite vallée, offre un spectacle grandiose, comme celui de la Sainte-Victoire, et l’artiste peut aller sur le motif pour capturer des images. La volonté du peintre de produire un art différent est autant soutenue par la quête d’un retour à la nature et aux racines, prôné par Cézanne, que par la recherche de nouvelles références puisées dans l’art de Gauguin 1848-1903, le Greco ou encore empruntées à l’art roman et ibérique local. Le travail effectué à Gósol a un impact majeur sur l’œuvre de Picasso puisqu’il débouche sur l’achèvement du Portrait de Gertrude Stein, qui présente des inventions sans précédent, comme la réduction du visage humain à son masque, marquant un jalon dans l’histoire du portrait. À la suite de ce séjour fécond, naît un chef-d’œuvre, Les Demoiselles d’Avignon dont l’angulosité des volumes annonce le premier cubisme. 5 Fernande Olivier 1881-1966, de son vrai nom, Amélie Lang, compagne de l’artiste de 1904 à 1912. ... 19En 1909, grâce à la vente de toiles, l’artiste effectue un autre séjour en Espagne. Il gagne Horta de Sant Joan, où il avait séjourné dans sa jeunesse, à la suite d’une maladie, chez son ami Pallarès. Tout près de la montagne Santa Barbara, il réalise des œuvres remarquables comme Usines à Horta, le Réservoir de Horta de Sant Joan, ou encore des portraits de Fernande5, au cou-montagne », qui poussent toujours plus loin les postulats cézanniens. L’artiste élabore une nouvelle syntaxe, bouleversant les principes classiques de perspective et de modelé, basée sur un système rythmé de formes et de couleurs, définissant le cubisme analytique. Picasso est alors reconnu comme un artiste et il veut approfondir ses recherches. Il effectue alors un troisième séjour près de la montagne, durant l’été 1910, dans un petit port du Cap de Creus, Cadaquès, où il s’établit avec sa compagne Fernande. Il veut aller jusqu’au bout de sa démarche, ne faire aucune concession au naturalisme pour rompre définitivement avec les règles de représentation illusionniste académique. Il exécute alors des œuvres frôlant l’abstraction, telles que Guitariste, ou encore Port de Cadaquès, qui mènent à un cubisme conceptualisé, mental. Bien qu’entouré de montagnes, de sujets marins fortement évocateurs, le réel disparaît. La présence d’André Derain, l’ancien collaborateur de Matisse à Collioure, le conforte dans sa démarche. 6 Eva Gouel 1885-1915, née Marcelle Humbert, chorégraphe et modèle de Picasso de 1911 à 1915. 20De 1911 à 1914, Picasso revient à la montagne, effectuant plusieurs séjours à Céret, en Catalogne du nord. Au pied du Pic de Fontfrède, montagne marquant la frontière avec l’Espagne, l’artiste connaît une période de grande effervescence, aux côtés des peintres cubistes Braque, Auguste Herbin 1882-1960 et Juan Gris 1887-1927. Des œuvres novatrices, marquées par une composition pyramidale, rappelant la montagne, comme L’Indépendant, de plus en plus élaborées, voient alors le jour. En 1912, à la suite d’aléas sentimentaux, il effectue, enfin, un séjour en Provence avec sa nouvelle compagne Eva6. À Sorgues, près du Mont Ventoux, il agence des formes géométriques pures, et multiplie les expérimentations techniques, dans des compositions inventives, qui aboutissent aux collages et engendrent, comme le voulait Cézanne, une nouvelle réflexion sur la nature de l’art. Les séjours près de la montagne ont marqué la production de Picasso de façon éloquente. Les expressionnistes allemands et les Alpes de Bavière, comme un volcan bouillonnant 21En Allemagne aussi, les artistes les plus avancés sont convaincus que les œuvres d’après l’antique ne tiennent plus, et que les arts doivent être natifs de la terre même où leur inspiration se développe, car seule la terre peut les vivifier, apporter des réponses proches de la réalité et des nouvelles considérations esthétiques, philosophiques, sociologiques, culturelles. La montagne, repère majestueux d’un espace et véritable concentré d’une nature originelle, symbolise ce postulat émergeant en Allemagne, valorisant le sentiment d’appartenance à un territoire, à une histoire personnelle et collective. En tant que trait fort du paysage, elle incarne l’identité d’un pays, établie depuis des temps anciens, mais aussi la relation sentimentale de l’homme avec un lieu. Les Alpes de Bavière deviennent ainsi le théâtre d’un renouveau artistique sans précédent. 22Après la mort de Cézanne, le 22 octobre 1906, les peintres installés en Allemagne commencent à s’intéresser aussi au rôle du lieu de création, à la façon dont on peut expérimenter les formes et les couleurs, loin de la ville. Remettant en cause la société industrielle, la pression néfaste de la culture dominante sur l’art, ils veulent réformer leur attitude, leur fonctionnement personnel. Comme le maître d’Aix, ils décident de travailler sur le motif, dans une nature préservée, de côtoyer une population encore liée à la terre, évoluant parmi des formes simples, voire primitives, pour rénover le langage plastique. Outre-Rhin, la montagne, symbole de métamorphoses de grande envergure, assimilée à un volcan bouillonnant, incarnant un désir de liberté et de retour vers les forces et les lois fondamentales de la nature, joue ainsi un rôle important dans le parcours de grands maîtres de la modernité tels que Vassily Kandinsky 1866-1944, Paul Klee 1879-1940, Alexej von Jawlensky 1864-1941 ou encore Frantisek Kupka. Ainsi, à partir de 1908, des artistes quittent la ville de Munich pour passer l’été à Murnau, un village pittoresque de Haute-Bavière, où la lumière est appréciée pour sa subtilité, et où la montagne créée un espace majestueux. Le lieu, exaltant, inspire à plusieurs peintres, dont Kandinsky, Jawlensky, Gabriele Münter 1877-1962 et Marianne von Werefkin 1860-1938, une palette expressive, qui donne vie à de flamboyants paysages. L’image de la montagne, et sa silhouette imposante, est omniprésente dans les œuvres créées à Murnau, et la palette des fauves, qui ont travaillé à Collioure, est reprise avec un sens chromatique éblouissant. De ce contexte particulier naît, en 1911, un mouvement de rénovation tourné vers l’expressionnisme, dirigé par Kandinsky, consolidé par August Macke 1887-1914 et Franz Marc 1880-1916, le Blaue Reiter » le cavalier bleu, qui 7 A. Vezin, L. Vezin, Kandinsky et le Cavalier bleu, p. 223. Vise à montrer, par la diversité des formes représentées, comment le désir intérieur des artistes peut prendre des formes » 23En effet, Vassily Kandinsky 1866-1944 cherche à rénover l’art pour en faire une arme contre la société industrielle, capitaliste, jugée décadente. En 1908, il s’éloigne de Munich, et d’une culture convenue, pour effectuer des séjours à Murnau, avec sa compagne Gabriele Münter. Il s’immerge dans une nature de haute montagne, baignée de lumière, renouant avec un monde simple, et son œuvre commence à se transformer. Une peinture de 1909 intitulée La Montagne bleue résume les recherches de cette période et annonce le tournant pris par l’artiste vers un art plus libre. Le large emploi de la couleur, dans un style expressionniste, et la simplification des formes aboutissent à un traitement non-figuratif du sujet. Ce que Kandinsky appelle le chœur des couleurs », est un vocabulaire coloré, issu de la peinture cubiste et fauve, qui peut se charger d’un fort pouvoir émotionnel et d’une dimension cosmique dynamique. 24L’année suivante, Kandinsky peint sa première œuvre abstraite intitulée, Sans titre, une création spirituelle qui ne procède que de la seule nécessité intérieure de l’artiste, dans le sillage des Improvisations. En 1911, il écrit un traité d’esthétique, Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, où il invite le créateur à substituer, à l’apparence visible, la réalité pathétique et invisible de la vie. Il veut ainsi redéfinir l’objectif de l’œuvre d’art 8 V. Kandinski, Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, p. 21. Une œuvre d’art n’est pas belle, plaisante, agréable. Elle n’est pas là en raison de son apparence ou de sa forme qui réjouit nos sens. La valeur n’est pas esthétique. Une œuvre est bonne lorsqu’elle est apte à provoquer des vibrations de l’âme, puisque l’art est le langage de l’âme et que c’est le seul. […] L’art peut atteindre son plus haut niveau s’il se dégage de sa situation de subordination vis-à-vis de la nature, s’il peut devenir absolue création et non plus imitation des formes du modèle » 25Jusqu’à la guerre, Kandinsky continue d’inventer des formes conduisant à un langage abstrait qu’il veut révolutionnaire, pour exprimer l’intériorité spirituelle abstraite, en perpétuelle évolution. Dans sa production des années vingt, il combine les formes géométriques et les couleurs pour révéler un monde mystérieux, issu de la musique, ou du cosmos, parfois résumé à une épure. Des tableaux comme Schwarzer Raster 1922, ou Einige Kreise 1926, où son trait s’est solidifié, montrent un lyrisme cérébral. Dans Steroscopic exhibition, les deux triangles aigus bleutés, dynamisant la composition, sont, pour cet artiste cultivé, une sorte de private joke ». 26À partir de 1910, Paul Klee 1879-1940 se rapproche des peintres de la montagne » qui posent de nouvelles problématiques, liées à la nature et à l’objectif de l’art. Comme eux, il est convaincu que la notion d’idéal et de beauté est tout à fait désuète, dépassée. Certes, l’artiste, dont l’œuvre est intuitive, a une personnalité bien affirmée. Refusé à l’Académie des beaux-arts de Munich en 1898, il est dirigé vers l’atelier d’Heinrich Knirr où il étudie le dessin figuratif. En 1900, il est finalement admis aux Beaux-Arts, dans la même classe que Kandinsky, mais à l’instar du jeune artiste russe, il a déjà défini son objectif artistique et il entend peindre selon sa propre conception du monde. Il se rend à Paris en 1912 et découvre chez les marchands l’art des cubes ». Il s’intéresse aux œuvres de Robert Delaunay 1885-1941, Braque, Picasso, et Derain, dépositaires de l’héritage artistique de Paul Cézanne, qui fait l’objet de nombreuses études. Les inventions des pionniers du cubisme et des collages, Picasso et Braque, ont alors atteint tous les cercles d’art et suscité un vif enthousiasme. Le traité rédigé par Jean Metzinger 1883-1956 et Albert Gleizes 1881-1953 en 1912, Du cubisme, a permis de diffuser à l’étranger les principes d’une esthétique qui fait scandale, car elle incite les artistes à refuser toute convention de représentation. L’année suivante, Paul Klee traduit un texte de Robert Delaunay qui l’intéresse particulièrement, De la lumière, et a recours, pour rénover son art, aux principes esthétiques orphistes » développés par les Delaunay, Sonia et Robert, qu’il invite en Allemagne, pour y exposer leurs œuvres. 27En 1914, Klee rejoint le Blaue Reiter », et fonde avec Jawlensky, Kandinsky, Münter et Alexander Kanoldt 1881-1939, un mouvement artistique rénovateur, La Nouvelle Sécession » de Munich. Puis il entreprend un voyage en Tunisie avec ses amis Macke et Louis Moilliet 1880-1962. En avril, avant d’embarquer à Marseille, i1 séjourne à L’Estaque, dans l’intention de photographier le viaduc peint par Cézanne et Braque, qu’il admire. Lorsque la guerre éclate, les artistes doivent trouver refuge dans les pays neutres pour continuer de peindre ou s’engager. Jawlensky et Kandinsky, de nationalité russe, doivent s’exiler. August Macke est tué sur le front de Champagne, le 26 septembre 1914, tout comme Franz Marc, l’ami de toujours, le sera deux ans plus tard à Verdun. Mobilisé, Klee obtient, grâce à son père, d’être affecté dans un régiment de réserve à Munich où il peut encore exercer son art. En cette période, éprouvé par les événements, ses sensations sont intenses et près des montagnes, notamment la Zugspitze, dans le massif du Wetterstein, la production de l’artiste se transforme, marquant un réel tournant stylistique. En 1917, il expose à la galerie Der Sturm de Berlin, et son travail remporte un grand succès. On note que Klee a intégré l’idée de révolution dans son art, ayant pris conscience que l’art moderne est un défi jeté à la culture bourgeoise, avec, pour emblème, le triangle, une forme géométrique universelle, qui figure dans une aquarelle devenue célèbre, Le Niesen, datée de 1915. 28Dans cette œuvre, l’imposante masse pyramidale du Niesen, culminant à 2 563 mètres, est représentée selon les préceptes du maître d’Aix, dans un style qui oscille entre le fauvisme et le cubisme triomphant. La montagne est traitée avec un lavis bleu azur, lui conférant une légèreté métaphysique, résonnant avec les aplats bigarrés, lumineux des arbres, de forme orthogonale. 9 P. Klee, Théorie de l’art moderne, p. 11. 29Paul Klee, qui avait dit je suis Dieu9 », a rempli le ciel d’étoiles scintillantes, côtoyant la lune et le soleil, pour créer une ambiance onirique. L’héritage cubiste est bien présent dans cette belle composition qui est un prélude aux chefs-d’œuvre qui toucheront le public par leur sincérité expressive, comme Senecio, de 1922, ou Château et soleil, de 1928. 10 P. Brullé, Catalogue de l’exposition Frantisek Kupka, 2016. 30De son côté, le peintre tchèque Frantisek Kupka 1871-1957 tisse aussi un lien particulier avec la montagne. Dans une œuvre emblématique, Méditation, 1897 il s’est représenté nu, agenouillé devant un imposant paysage de montagne. L’artiste se pose des questions cruciales pour l’évolution de son art, quant à la réalité des choses et leur représentation. La montagne lui révèle l’articulation entre physique et métaphysique, entre phénomène et noumène, l’interroge sur le sens de la vie. Kupka s’installe à Paris en 1896 et devient l’auteur d’une création picturale très originale. Il est le premier à affronter le public avec des œuvres non figuratives lors du salon d’automne de 1912. Il crée une autre réalité, rejetant toute référence au monde sensible10. 31La rénovation voulue par le maître d’Aix permet aussi de donner un statut moderne à l’art des cubo-futuristes russes, théorisé, en 1912, par le peintre du suprématisme, Kasimir Malevitch 1879-1935, qui conçoit le Carré blanc sur fond blanc, jugé scandaleux, en 1918, puis, à celui des constructivistes révolutionnaires, tout debout contre l’ordre ancien » 11 Marcade, Catalogue de l’exposition Le futurisme, 2008-2009, p. 59. Malevitch avait bien vu que le principe dynamique était déjà présent, à l’état d’embryon, chez Paul Cézanne et, à sa suite, dans les toiles cézannistes géométriques de Georges Braque ou de Pablo » 32Dans son manifeste Une gifle au goût du public, David Burliouk 1882-1967 avait réaffirmé que Paul Cézanne, le gardien de la Sainte-Victoire, était le père de toute l’avant-garde picturale, un mouvement de contestation international qui mena, après la Grande Guerre, à l’anti-art. Dada, fruit de la rébellion systématique contre toute esthétique établie, vit, lui aussi le jour près de pics majestueux, à Zurich, la capitale de la Suisse alémanique. L’art de l’absurde, d’Hugo Ball 1886-1927, Tristan Tzara 1896-1963, Richard Huelsenbeck 1892-1974 et Francis Picabia 1879-1953, déboucha sur le surréalisme, qui évoluera sur les hautes terres de l’inconscient et de la folie, avant d’être stoppé net par le chaos de la Seconde Guerre mondiale. La montagne et l’art moderne 33La montagne, repère-témoin de parcours créatifs exemplaires, peut être vue comme le fil reliant les œuvres d’artistes modernes, d’origine et de cultures variées, à celles de Paul Cézanne. Ceux-ci ont cherché à porter un nouveau regard sur la nature, l’opposant de façon aiguë au nouveau monde industriel, asservissant et dégradant l’homme. La montagne, véritable concentré de nature, monde préservé et intact, leur a fourni un refuge pour s’interroger, en se donnant pour mission, à l’instar du maître d’Aix, d’investir le paysage, afin que celui-ci cesse d’être un document géographique, ou scientifique, pour devenir un exercice purement plastique et psychologique. Ce dernier considérait l’œuvre comme un témoignage particulier, d’un moment d’introspection et de réflexion du peintre face à la nature. L’homme, tout entier, devait se transformer pour apporter au tableau sa vraie substance, par un regard plus perçant et plus conscient, tant sur le monde, que sur lui-même. Pour Cézanne, la Sainte-Victoire était l’un des moyens d’y parvenir. Cette dernière devint l’emblème de la volonté de l’artiste, debout contre l’ordre établi, de rénover l’art en profondeur. La montagne peut ainsi être considérée comme le symbole de la révolte contre les diktats des académies qui a rassemblé les plasticiens voulant puiser tant dans une idéologie vivante que dans un environnement à forte identité. 34Picasso et Matisse ont aussi cherché dans la nature des réponses à des questions cruciales. Matisse, bien qu’installé près de la mer, à Collioure, s’est imprégné de la dimension mystique et sauvage des Albères, enserrant le port, pour élaborer son langage fauve. De même, la montagne, véritable laboratoire de recherche à ciel ouvert, a incarné pour Picasso autant une volonté créative sans borne, qu’une farouche opposition aux règles des Beaux-Arts. L’immersion de Picasso dans le milieu montagnard, de 1906 à 1914, de Gosol à Céret, le propulsa sur le devant de la scène. Les séjours près de la montagne ont marqué, de façon éloquente, l’évolution du style des deux artistes, rendant hommage, par une démarche forte, au bon dieu de tous les peintres ». En effet, plusieurs œuvres significatives de la modernité attestent que la montagne, entité puissante, à la fois physique et métaphysique, propice à une réflexion sur le sens et la nature du réel et de l’art, a constitué le lieu privilégié de la résistance aux anciens préceptes, et nourri une expression plus dynamique. Les artistes allemands et ceux d’Europe du Nord, trouvèrent aussi dans le milieu montagnard les conditions propices à la formulation d’un art qui ne s’attache plus à la réalité physique mais aux états d’âme du créateur. 35Selon Kirchner, les peintres ne devaient plus s’imposer de règles et l’inspiration devait couler librement afin de donner une expression immédiate à leurs pressions psychologiques. La production de Kandinsky, réalisée à Murnau dès 1909, affirmait un art dénué de sa fonction de reproduction du réel pour renforcer sa composante subjective jusqu’à formuler une abstraction lyrique, issue d’un profond désir spirituel qu’il appelait la nécessité intérieure », et qu’il tenait pour un principe essentiel de l’art. Paul Klee, près des monts Zugspitze dans les Alpes, après des mois d’une longue maturation et d’une intense réflexion théorique au contact de la montagne, fondée sur son expérience et sur une démarche esthétique proche de celle des Delaunay, émit lui aussi de nouveaux principes sur la forme et la couleur, et exposa la première théorie systématique des moyens picturaux purs, qui conduisit à une clarification exceptionnelle des possibilités contenues dans les procédés abstraits. De tels procédés seront également explorés par les cubo-futuristes russes et par le maître du suprématisme, Malévitch, enfin, par Kupka, dont la réflexion se calquait sur l’image de la montagne, comme le montre l’œuvre Méditation. 36Ainsi, tout comme on ne peut pas regarder la production de Cézanne sans penser à sa relation avec la Provence et la Sainte-Victoire, on ne peut ignorer le rôle joué par la montagne, selon un principe de filiation spirituel inédit, dans l’évolution du sentiment esthétique de plusieurs figures majeures de l’art du xxe siècle, qui mena à l’élaboration de nouvelles théories, et ouvrit la voie aux avant-gardes les plus audacieuses.
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“C'est dans les villes les plus peuplées que l'on peut trouver la plus grande solitude.” Si Jean Racine écrivait cette célèbre phrase en plein 17e siècle, période où la vie urbaine sous l’Ancien Régime n’avait rien à voir avec celle d'aujourd’hui, son actualité semble saisissante plus de 300 ans plus tard, à l’heure où les métropoles et les villes ne cessent de se densifier, en France comme dans le monde. C’est précisément cette solitude urbaine et contemporaine qui émane de l’œuvre de Bilal Hamdad. Exposé jusqu’au 29 mai au Suquet des artistes à Cannes, lieu de résidence et d’exposition dédié aux artistes par la ville balnéaire de la Côte d’Azur, cet Algérien de 34 ans y présente une vingtaine de toiles, s’étendant de ses années d’études aux Beaux-Arts à aujourd’hui, réalisées dans son atelier en région parisienne. Figuratives voire hyperréalistes, toutes sont, malgré leurs différences, habitées par un même thème… un panorama délibérément fragmentaire de la société contemporaine à travers ses marges, que celles-ci soient humaines, matérielles ou architecturales, où l'artiste finit par faire de la ville son terrain d’exploration favori. En atteste la toile qui sert d'affiche à l’exposition un homme debout, de dos, mains dans les poches et encapuchonné dans sa doudoune bleu roi, se tient immobile dans une encadrure cuivrée qui rappellera aux familiers du métro parisien le quai de la station Arts et Métiers, en plein cœur de Paris. Attend-il le passage du métro ou, plus philosophiquement, celui du temps ? D’ailleurs, est-il vraiment en train d’attendre quelque chose ? Comme l’écrit le critique d’art Philippe Dagen dans son texte accompagnant l’exposition, cette inaction est justement ce qui relie la plupart des œuvres de l’artiste “souvent, il ne s’y passe rien”. Rien que l’on ne puisse voir en tout cas ni capter par les visages, les expressions et les yeux, généralement détournés du spectateur, faisant de l'artiste une forme de peintre du non-événement. Lors de son enfance dans les années 90 à Sidi Bel Abbès, au nord-ouest de l’Algérie, Bilal Hamdad ne s’imaginait pas une carrière dans la peinture. Passionné de football, le jeune sportif a renoncé à ses rêves une fois la majorité atteinte pour suivre, sur les conseils de son père, son autre passion l’art. Après un passage aux beaux-arts de sa ville de naissance, c’est le chemin de la France qu’il prendra direction les beaux-arts de Bourges puis ceux de Paris. Dans ce dernier établissement, l’étudiant est passé par l’atelier du peintre Djamel Tatah et il serait difficile de ne pas voir dans l’œuvre de ce jeune Algérien l’influence de son tuteur sexagénaire, Français de naissance mais également Algérien d'origine, aujourd'hui représenté par la galerie parisienne Poggi ,et exposé dans de nombreuses institutions prestigieuses au fil de ces vingt dernières années. Chez Djamel Tatah comme chez Bilal Hamdad, on retrouve, au premier plan, les êtres esseulés, debout, assis ou alanguis, dans des positions ambiguës qui indiquent l’absence d'action particulière, de l’attente à l’ennui en passant par la pure contemplation. Au second plan, parfois, les deux peintres se recroisent encore les fonds unis et colorés qui ont fait la signature des toiles grand format de Tatah peuvent trouver leur écho dans les décors – faussement – monochromes et homogènes de Hamdad, accentuant l’expression de la solitude des sujets en les isolant entre les limites inflexibles du châssis. Sans doute pour des raisons pratiques, les premiers sujets de l’artiste étaient les membres de sa famille, représentés au fil de plusieurs portraits, puis ses camarades des beaux-arts l'un assis sur une table, la tête plongée dans ses bras croisés, l'autre affalé sur une chaise voire étendu au sol, les yeux fermés, presque comme un cadavre... tous pourraient aussi bien évoquer des scènes christiques que la réalité plus évidente, et bien moins métaphorique, d’étudiants exténués par leurs heures de production à l’atelier. Mais, plus récemment, par ses compositions urbaines, les œuvres de Bilal Hamdad pourraient parfois prendre des airs de fresques contemporaines. Les murs intérieurs ou extérieurs présents sur la toile, qui pourraient aisément s’effacer derrière le sujet, en deviennent l'acteur principal, prenant chaque personnage en étau entre l’arrière-plan et le spectateur, vers qui les regards des personnages ne sont jamais dirigés. Bilal Hamdad, “Entre les murs” 2018. Huile sur toile, 114 x 146 cm. Courtesy Collection privée et H Gallery, Paris Bilal Hamdad, “L'Attente II” 2021. Huile sur toile, 162 x 130 cm. Bilal Hamdad n’est pas de ces artistes ultra-prolifiques qui produisent des peintures à la chaîne. Son œuvre, pour l’instant limité à plusieurs dizaines de toiles, traduit également l’attention et le temps portés à chacune d’entre elles. On y entrevoit parfois quelques références à l’histoire de l’art, comme aux grands peintres réalistes du 19e siècle Gustave Courbet et Jean-François Millet, qui lui inspirent les postures de quelques personnages. Perché sur la rampe métallique d’une station de métro en haut d'une volée marches, le jeune homme représenté de profil dans l’Angelus 2021 – titre qui fait directement référence au tableau éponyme de Millet peint à la fin des années 1850 – pourrait également s’apparenter au fameux Penseur de Rodin, hypothétiquement extrait du musée parisien où il trône d'ordinaire pour se voir propulsé sur toile, dans les dessous âpres et bien moins reluisants de la capitale. Contre un Paris de l’opulence, apprécié principalement par les flâneurs, les touristes et les bourgeois, Bilal Hamdad préfère celui des souterrains plus triviaux, voire repoussants, empruntés par les classes populaires et occupés par les milliers de nomades et de sans-abri qui peuplent la capitale. Ces derniers sont d’ailleurs l’objet de plusieurs toiles réalisées par le trentenaire entre 2014 et 2015. Sur l'une d'elles, on aperçoit des membres du SAMU social dont le corps sort du cadre, que l’on devine porter secours aux plus démunis… tandis que sur d'autres œuvres, plus explicites, ces travailleurs sociaux ouvrent leurs tentes de fortune pour parler aux exclus, voire les approvisionner. Une autre toile, Sans titre 2014, symbolise cette fracture entre les humains et les classes sociales de manière encore plus nette au fond du tableau, un homme plongé dans l'ombre contemple un tableau jaune, seule tache de couleur vive sur le mur sombre, qui fait écho à la couleur de la couverture de l'homme étendu sur un matelas précaire – dans la seule partie éclairée du tableau – et aussi à la couleur de la tente coupée apparaissant dans le coin gauche, au premier plan. Tout est dit. Représenter la misère et la densité des quartiers populaires parisiens est loin d’être un thème nouveau dans l’art contemporain, au point d'en devenir une tendance parfois éculée. Le quartier de Barbès et la station de métro Barbès-Rochechouart elle-même, devenue une forme d’icône de ce foisonnement urbain – et d’une réalité parisienne bien éloignée des images d’Épinal que s'en font les plus ingénus – ne cessent d’inspirer les plasticiens, photographes et autres cinéastes. Mais au-delà de ces lieux fortement identifiables et restitués avec précision, la force de la peinture de Bilal Hamdad réside principalement dans sa représentation des espaces liminaires et ordinaires dessinant les contours d'une neutralité évasive morceaux de trottoirs, angles de rues ou même tunnels ombragés que l’on ne saurait replacer sur une carte, et qui n’ont d’autre pouvoir que celui de confronter le spectateur à l’espace dans son plus pur dénuement. Que cachent ces multiples recoins, qui sont celles et ceux qui vivent dans l’ombre de cette péniche amarrée à la lisière d'un pont, que trouverait-on en bas de la descente menant à l’entrée d’un garage, ou que comprendre derrière le symbole wi-fi qui apparaît sur la tranche d’un bâtiment dépouillé, seule icône identifiable parmi ces cloisons unies teintées de crème, de rose et de vert émeraude ? Le titre de l’exposition de Bilal Hamdad à Cannes s’intitule “Solitudes croisées”. Lorsqu'on la parcourt, l'interrogation subsiste toutefois sur la capacité de ces solitudes à, réellement, se croiser. Mais ainsi juxtaposées, accrochées face à face, elles offrent autant d'aperçus simultanés de ces nomades aux destins brisés qui émaillent le quotidien des métropoles, scènes devenues d'une effarante banalité dont les passants, désensibilisés par l'habitude, finissent par ne plus s'émouvoir, au point parfois de ne plus les voir. Dans l'espace en sous-sol du Suquet des artistes, surplombé par les rues cannoises, la peinture de Bilal Hamdad offre au moins au visiteur le temps d'arrêter regard sur leur réalité. Au lieu, comme tant de personnes le font tant chaque jour, de passer son chemin pour suivre, machinalement, la traversée de sa propre existence dans une ville à la rumeur incessante. Bilal Hamdad, “Solitudes croisées”, jusqu'au 29 mai 2022 au Suquet des artistes, Cannes. Vue in situ de l’exposition de Bilal Hamdad, “Solitudes croisées”, Suquet des Artistes, Cannes. © Olivier Calvel Lartiste d’aujourd’hui ne peut plus vivre en marge de son temps et de la société. Par expérience, l’artiste peintre ne peut pas vivre uniquement au travers d’une seule galerie ou d’un site web sans trafic. Il faut s’investir socialement, entretenir des relations publiques. La communication doit déboucher sur des vernissages
PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE Les codirecteurs de l'OFFTA, Vincent de Repentigny et Jasmine Catudal, et une des créatrices, Monia Chokri. En marge du Festival TransAmériques, l'OFFTA propose de nouveau cette année une édition consacrée à la jeune création d'avant-garde en théâtre, en danse et en performance. Ce festival d'arts vivants se déroulera du 27 mai au 1er juin. Il met en scène plusieurs artistes locaux ayant en commun une démarche qui privilégie le risque et le décloisonnement des pratiques artistiques. Parmi les créateurs qui font partie de la programmation de cette huitième présentation, concoctée par les codirecteurs de l'OFFTA, Jasmine Catudal et Vincent de Repentigny, mentionnons Monia Chokri, Raphaëlle de Groot, Navet Confit et Caroline Laurin-Beaucage. Les événements sont présentés dans 10 lieux du centre-ville. Une soirée de clôture hors normes » se tiendra à l'église Sainte-Brigide de Kildare avec, entre autres, des performances d'Étienne Boulanger et de Julie-Andrée T. À noter, l'OFFTA offre des laissez-passer individuels qui donnent droit à un accès illimité à tous les spectacles pour 60 $. Les laissez-passer et les billets de cette 8e édition sont en vente à la billetterie centrale du OFFTA au Monument-National. Pour plus de renseignements Cinq événements à ne pas manquer MIXOFF Comme le nom l'indique, les MixOff invitent des artistes issus de diverses disciplines l'espace d'un happening » unique où se rencontrent des univers et des sensibilités artistiques. Le groupe indie-folk Dear Criminals s'associe donc à l'actrice et cinéaste Monia Chokri pour une foire agricole », à l'occasion de la soirée d'ouverture, le 27 mai, au Monument-National, à 21 h. SOIRÉE QUI GOÛTE LE MAUVE La directrice artistique de Zone HoMa, Mellissa Larivière, présente Soirée qui goûte le mauve, le 28 mai à 20 h, au Théâtre Aux Écuries. L'interprète de formation veut dresser un portrait, un instantané », de ce qui émerge de la jeune scène montréalaise en danse, en théâtre et en performance. Avec Cube blanc, l'auteur et metteur en scène Gabriel Plante tentera de nous reconnecter avec l'Autre et l'inaccessible ». Son oeuvre, à mi-chemin entre le théâtre et les arts visuels, mise sur le talent et l'intégrité » d'artistes provenant de milieux différents, dans le but de faire naître un nouveau langage. À La Licorne, les 28 et 29 mai, 18 h. PAN/POP/R FANTASMAGORIE SUR LÉON THÉRÉMINE Dans un presque équilibre communiste », une petite communauté de six artistes Maxime Carbonneau, Navet Confit, Charles Dauphinais, Simon-Pierre Lambert, Mellissa Larivière, Patrice Charbonneau-Brunelle dirige une biographie fantasmée d'un révolutionnaire. Pan/Pop/R Fantasmagorie sur Léon Thérémine promet de secouer le théâtre La Licorne, les 30 et 31 mai, à 22 h. Mix Off 2 réunit l'auteur, performeur et pamphlétaire Jacob Wren Hospitality et l'artiste visuelle Raphaëlle de Groot pour une performance/vente-débarras qui se veut une réflexion sur la notion d'errance et de l'appartenance territoriale ». Ça se passe au Théâtre d'Aujourd'hui le 31 mai dès 11 h.
Laprochaine séance des Doctoriales se tiendra sur Zoom et sur inscription (en écrivant à contact.doctoriales.serd@gmail.com) le samedi 12 décembre de 10h30 à 12h30. Elle sera composée de deux communications : “Le cirque entre marginalité et culture de masse” de Léa de Truchis (Université Paul Valéry Montpellier 3) et “‘D’un côté l’univers et de l’autre
Ilest, en pratique, imputé sur la somme due au vendeur, à l'issue de la transaction aux enchères, par la société de ventes, qui en informe la (les) société(s) de perception. Celle-ci a trois mois pour confirmer qu'un droit de suite est revendiqué et pour le percevoir alors au nom de son mandant. Faute de quoi, la somme réservée est Icivous trouvez la solution exacte à Mode De Vie Des Artistes En Marge De La Société pour continuer dans le paquet CodyCross Saisons Groupe 76 Grille 4. Solution pour Mode De Vie Des Artistes En Marge De La Société BOHEME Précédent Suivant Solutions du même Grille Gâteau Marbré ; Plaine Des Régions Tropicales Petit Tambour Africain .